samedi 30 juin 2012

Massacres des Congolais dans l’Est : un «génocide oublié»

 (Le Potentiel 29/06/2012)

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le bilan, à ce jour, des guerres intermittentes qui ravagent la partie Est de la RDC se chiffre en millions de morts. Plus de six millions déjà, selon diverses sources. Des Congolais tués dans l’indifférence totale de la communauté internationale, alors qu’ailleurs des événements de même nature ont vite été assimilés à un génocide. La tragédie qui se vit dans l’Est de la RDC devrait cesser de passer pour «génocide oublié».

La résurgence des tensions dans l’Est de la République démocratique du Congo a remué le couteau dans la plaie encore béante de graves massacres commis depuis les années 1990. Depuis le début des guerres intermittentes dans cette partie, dont le fait déclencheur, admis presqu’à l’unanimité, a été le génocide rwandais de 1994, plus de six millions de Congolais sont déjà tombés. Ils sont victimes de la barbarie de ceux qui ont armé différents groupes armés qui pullulent dans l’Est pour déstabiliser la RDC.

Un vaste réseau criminel a été mis en place, avec des tentacules dans des pays voisins tels que le Rwanda, l’Ouganda. Aujourd’hui, la création du mouvement rebelle M23, dont le soutien du Rwanda n’est plus à démontrer est un témoignage éloquent de la complicité internationale, en rapport à tout ce qui se passe dans l’Est de la RDC.

COMPROMISSION ET COMPLICITE
Malheureusement, la communauté internationale ne voudrait pas s’en émouvoir. Ailleurs, notamment au Rwanda, le monde entier s’est levé comme un seul homme pour dénoncer tout haut les actes d’une barbarie sans pareille commis sur les populations tutsi. Mais, lorsqu’il s’est agi de la RDC, tous se sont tus. Comme si le peuple congolais, mort à l’Est, n’était qu’une quantité négligeable.

Dans un ouvrage paru récemment aux éditions «Le nègre éditeur» sous le titre : «Le Canada dans les guerres en Afrique centrale. Génocides et pillages des ressources minières du Congo par le Rwanda interposé», Patrick Mbeko consacre une section de son ouvrage sur «les Congolais, éternels oubliés…». Il écrit : «Le génocide rwandais et la propagande initiée par les autorités de Kigali et leurs tuteurs occidentaux sur le ’’génocide des Tutsi’’ ont occulté la tragédie que vivent les Congolais depuis l’aventure de l’APR à l’Est de la RD Congo. Les victimes congolaises des extrémistes tutsi n’ont pas de porte-voix, personne ne parle pour elles. Le Congo paie le prix de la responsabilité meurtrière des Hutu et des Tutsi. Pour les partisans de l’’’évangile sacré de Kigali’’, les Congolais, bien qu’innocents, doivent payer le lourd tribut pour avoir hébergé les ’’génocidaires’’ dans leur territoire».

Dans son ouvrage, Patrick Mbeko s’étend longuement sur le grand projet d’invasion de la RD Congo, initié depuis l’époque du Zaïre. Il démontre comment tout cela a été préparé et exécuté. Le but ultime, note-t-il, ayant été «pour les puissances occidentales de mettre la main sur les immenses richesses du Congo, but qui a aussi rencontré les desseins non avoués des extrémistes tutsi d’agrandir leur espace vital en s’appropriant la partie Est du Congo, riche en matières premières et au sol très fertile». Pour ce faire, poursuit-il, «les extrémistes tutsi ont entrepris une politique de dépopulation sans précédent dans les provinces du Kivu. Massacres de masse des civils et viols systématiques sont pratiqués dans le but d’éloigner les Congolais de leurs terres d’implanter à tout prix à l’Est de la RDC, une population rwandaise». Il s’agit aussi, relève-t-il, de «créer plus de terres vacantes pour les multinationales canadiennes, américaines, britanniques, belges et israéliennes pour faciliter le partage en toute quiétude du ’’gâteau congolais’’, c’est-à-dire l’exploitation des ressources naturelles immenses dont regorge le RDC».

Voilà le schéma qui a été tracé ; schéma auquel est aligné correctement le mouvement rebelle déclenché par des mutins CNDP du M23. Mais, pour atteindre cet objectif, des Congolais ont payé le plus fort prix. A ce jour, on en compte plus de six millions.

Qu’y a-t-il encore à exiger pour parler d’un génocide dans les provinces du Nord–Kivu et du Sud-Kivu ? Des hommes et femmes, des enfants et bébés, des vieillards ont été froidement abattus par le simple fait d’être Congolais. Leur seul crime est d’avoir défié l’envahisseur en tentant de défendre leurs terres. Ces morts procèdent d’un schéma bien planifié et savamment exécuté sur le terrain par des troupes visiblement soutenues par des pays clairement identifiés.

RECONNAITRE LE MAL
Au juste, qu’en est-t-il d’un génocide ? Tournons-nous vers l’ONU. Le terme «génocide» est utilisé pour la première fois dans un document officiel en 1945, par le Tribunal militaire international, lors de la mise en accusation des criminels de guerre nazis à Nuremberg. Le droit de Nuremberg va préférer retenir une nouvelle incrimination : le crime contre l'humanité.

Mais, le 11 décembre 1946, l'Assemblée générale des Nations unies, qui confirme les principes du droit de Nuremberg, donne une première définition du génocide : «Le génocide est le refus du droit à l'existence de groupes humains entiers de même que l'homicide est le refus du droit à l'existence à un individu : un tel refus bouleverse la conscience humaine, inflige de grandes pertes à l'humanité qui se trouve ainsi privée des apports culturels ou autres de ces groupes, et est contraire à la loi morale ainsi qu'à l'esprit et aux fins des Nations unies. La répression du crime de génocide est une affaire d'intérêt international».

L’ONU ne peut donc pas se contredire. Les crimes qui se commettent dans l’Est de la RDC relèvent bel et bien du domaine de génocide. Méconnaître cette réalité, c’est faire preuve de compromission et de trahison envers le peuple congolais, meurtri depuis des années par ceux qui ont juré de démanteler la RDC dans ses frontières de 1960.

La tragédie qui s’abat depuis 1996 à l’Est de la RDC s’apparente bien à un génocide que l’on tente d’oublier sinon d’étouffer pour, sans doute protéger, les coupables.

Depuis 1996, plus de 6 millions de Congolais, presque dans des conditions similaires à celles du 19ème siècle à l’époque léopoldienne, ont été massacrés dans une indifférence déconcertante et coupable de la communauté internationale.

Une réalité s’impose. Il s’agit de la nécessité de reconnaître le mal causé au peuple congolais en déclarant ce «génocide oublié». La communauté internationale doit prendre ses responsabilités. Sa crédibilité en dépend. La reconnaissance de ce génocide doit entraîner, en vertu de l’article VII de la Convention des Nations unies sur la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, une obligation pour les organes compétents de l’ONU de prendre des mesures appropriées en vue de la prévention et de la répression des actes de génocide commis depuis 1996 sur le sol congolais.


Par Le Potentiel

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