samedi 30 juin 2012

Kagame: Les affaires en or des rebelles en RDC

 (BBC Afrique 30/06/2012)

Le rapport des Nations Unies sur la République démocratique du Congo qui a attiré l'attention sur le rôle présumé du Rwanda dans la mutinerie actuelle au sein de l'armée, a aussi révélé des détails intrigants sur la façon dont les rebelles se financent.

Il répertorie des attaques de banque et des activités d'extorsion de fonds sur des cargaisons de charbon de bois et des troupeaux vaches menées par des insurgés dans l'est du pays.

La récente recrudescence de la violence a été en partie causée par les tentatives du gouvernement de mettre fin aux extorsions opérées par certaines unités de l'armée, y compris l'exploitation de minerais précieux tels que l'étain et l'or.

Certains pourraient cyniquement penser que l'armée gouvernementale a voulu prendre le contrôle de ces juteuses affaires. Mais dans tous les cas il est clair que les récents événements font partie d'un long combat mené par Kinshasa pour établir son contrôle sur l'est.

Les exportations légales et illégales des minerais précieux contenus dans les sols fabuleusement riches de l'Est du Congo sont en soi une entreprise de plusieurs millions de dollars .

Ces activités enrichissaient certains officiers de l'armée et renforçaient leur base politique et ethnique.

Le gouvernement congolais était surtout préoccupé par les soldats commandés par le général Bosco Ntaganda alias "Terminator" et le colonel Sultani Makenga, qui étaient tous deux en théorie membres de l'armée nationale, parce qu'ils étaient convaincus qu'ils sont soutenus par le Rwanda et qu'ils menaçaient de ce fait la souveraineté de Kinshasa dans la région.


© Copyright BBC Afrique

Les samedis de Biton/Vous avez dit professionnel ?

(L'intelligent d'Abidjan 30/06/2012)
Il est fort surprenant d’apprendre, d’entendre ou de lire, ici et là, que les «dérapages» de la presse sont liés au manque de formation des journalistes. Il suffit d’écouter les hommes politiques, les intellectuels, les artistes, la population, sur tout le continent, pour faire de la presse l’empêcheur de tourner en rond. On croit trouver la parade en dépensant des tas de millions de francs par des séminaires, des stages, ou toutes actions pouvant permettre à ces «amateurs» de se former, de devenir des vrais professionnels. De tous les pays africains, ce sont les mêmes plaintes, les mêmes solutions. Plus les mois et les années passent, plus on ne voit pas les formés devenir des «enfants dociles» comme on aimerait les voir. A chaque fois que j’entends parler de professionnalisme, de formation, je ne peux m’empêcher de me rappeler les propos de François Mitterrand. C’était en mai 1993. Son ami et collaborateur Pierre Bérégovoy venait de mettre fin à ses jours. «Toutes les explications du monde ne justifieraient que l’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie. » Mitterrand traitait les journalistes de ‘’chiens’’ pour avoir harcelé son ami pour une histoire de prêt. Que n’a-t-on pas entendu et lu après cette déclaration présidentielle. Tous ces journalistes qui ont livré l’honneur et la vie d’un homme n’étaient-ils pas des professionnels aguerris ? Presque tous des grands diplômés des grandes écoles de journalisme. Quand la France préparait la coupe du monde de football sur sa terre, des critiques virulentes se sont abattues sur l’équipe et surtout l’entraîneur sans aucun discernement. Principalement par le meilleur journal de la profession. Aimé Jacquet a juré de ne jamais pardonner. Pourtant il a dû lire Sénèque et son traité : «De la constance du sage». Sénèque nous dit : «Si une fois il s’était abaissé à s’émouvoir d’une injustice ou d’une insulte, il ne pourrait plus jamais retrouver son calme ; or le calme est le bien distinctif du sage. Celui-ci ne s’exposera pas en se vengeant d’une insulte à faire honneur à son insulteur». Chaque jour, la presse en France, en Europe et en Amérique nous présente une image que pour un Africain est la division, la mauvaise foi et le mensonge. Mais il ne viendra jamais aux Occidentaux de dire que leurs journalistes n’ont pas été bien formés. Il ne viendra pas dans leur esprit que l’agrégé d’économie qui a détourné des fonds a été mal formé ou que le médecin qui se comporte mal n’a pas fait d’études. Ils ont compris chez eux que le dérapage est davantage lié à des intérêts politiques financiers et politiques que de la formation. Exactement comme chez nous. Aucune formation ne changera les «dérapages ». Le problème ne se situe pas au niveau des journalistes mais de leur parti, des propriétaires de journaux, des intérêts particuliers. Le journaliste écrit selon les directives qu’il reçoit ou de l’idéologie dans laquelle il doit se «mouler». C’est vrai que certains qui écrivent sont mauvais à l’intérieur d’eux-mêmes. On ne peut pas former pour éliminer la jalousie, l’envie, l’hypocrisie, l’avidité, la mauvaise foi. Pour cette formation indispensable, il faut la demander aux hommes religieux et spirituels. Et encore ? Ce n’est donc pas une question de professionnalisme. D’ailleurs, le président Soglo, à son arrivée au pouvoir disait: «En Afrique, on fait du quantitatif en matière de formation. Les gens ont des licences, des maîtrises partout. Mais beaucoup ont le titre, pas la substance. On les appelle même des infirmes intellectuels». Ce n’est donc pas une question de formation à moins que ce qu’on appelle le professionnalisme soit doublé de religieux ou de spiritualité le plus important pour faire des vrais professionnels. En dehors de ces deux aspects, je peux dire sans me tromper que c’est peine perdue. Les gouvernements africains ont intérêt surtout à se préparer contre la nouvelle presse qui se développe. Ce sont les réseaux sociaux sur internet, les facebook ou autres tweeter. Dans ces écrits tout y est. Et dans un avenir pas assez lointain, ce sont les réseaux sociaux qui feront l’opinion. Comment former ces utilisateurs ? On n’y pense même pas. Ce sont des «journalistes» invisibles, anonymes. Si vous redoutez la presse en «papier», vous serez «pulvérisés» par cette nouvelle presse. On sait que le péché originel rend disponible l’individu, le citoyen pour tout ce qui est dénigrement de l’autre. On ne s’intéresse à une lecture que lorsqu’elle critique de façon malveillante l’autre. Or les réseaux sociaux sont une vraie foire d’empoigne, de dénigrement, de vérité et de mensonge impossible à vérifier. Si vous connaissez les journalistes et les journaux vous aurez bientôt plus de deux mille journaux chaque jour pour vous «pilonner» sans aucun moyen de former ces nouveaux journalistes qui se recrutent à tous les niveaux. Il suffit seulement d’ordinateur et d’une connexion internet, deux éléments dont la possession monte très vite sur le continent. Les boucliers restent Sénèque, les livres spirituels pour accéder à la sagesse et ne rien sentir. Ainsi va l’Afrique. A la semaine prochaine !
Par Isaïe Biton Koulibaly


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Nord-Kivu : la RDC hausse le ton contre le Rwanda, négociations à Goma

Des membres du mouvement du 23 mars dans les collines du Nord-Kivu le 3 juin 2012. 
Des membres du mouvement du 23 mars dans les collines du Nord-Kivu le 3 juin 2012. © AFP
 
La RDC a exigé jeudi 28 juin que les autorités rwandaises "cessent de laisser leurs officiers continuer à alimenter la guerre au Congo". Une déclaration percutante qui intervient alors que des négocitations sécuritaires ont lieu à Goma (Nord-Kivu) entre les deux pays.
Les accusations se font chaque jour plus précises de la part de Kinshasa à l'égard du soutien présumé qu'apporterait Kigali à la mutinerie qui a éclaté au Nord-Kivu (est de la RDC). Dernière déclaration en date, celles du porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, lors d'un point de presse à Kinshasa jeudi 28 juin : « Nous exigeons que les autorités rwandaises arrêtent, cessent de laisser leurs officiers continuer à alimenter la guerre au Congo ».
Pour étayer ses accusations, le gouvernement congolais peut s'appuyer sur les fuites concernant une annexe d'un rapport de l'ONU sur la situation en RDC, dont un rapport partiel d'étape a été publié mardi, la version définitive devant l'être en novembre prochain.
Dans cette annexe qui doit être prochainement rendue publique, et dans laquelle ne figurent pas encore les démentis de Kigali, les experts de l'ONU font état de « preuves accablantes » sur l'appui d'officiers rwandais aux mutins congolais du Mouvement du 23 mars (M23), pour la plupart issus de la rébellion tutsi congolaise du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) qu'appuyait Kigali par le passé, avant que ses membres ne soient intégrés au Forces armées de RDC en 2009. Dont l'un de leur chef, le général Bosco Ntaganda, leader présumé du M23.

"Aide directe" au M23
« Nous leur demandons de démanteler les réseaux, les filières de recrutement et de ravitaillement en faveur des forces négatives qui sont au Congo, sans conditions », a ajouté Lambert Mende. Selon le document des experts de l'ONU, des hauts gradés rwandais ont apporté une « aide directe » à la création du M23. « Dans l'exercice de leurs fonctions officielles, [ces officiers] soutiennent les rebelles en leur fournissant des armes, du ravitaillement militaire et de nouvelles recrues », ajoute le texte.
Les noms des officiels rwandais sont ceux de personnalités clés du régime rwandais : le ministre de la Défense, le général James Kabarebe, le chef d'état-major des armées, le général Charles Kayonga, et aussi le général Jack Nziza, secrétaire permanent du ministre de la Défense et ancien patron du DMI (Department of Military Intelligence), les services de renseignements militaires.

La ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a réagi en qualifiant le rapport de « document préliminaire partial fondé sur des conclusions partielles » qui « doit encore être vérifié ».
« Nous serions étonnés qu'un ministre de la Défense nationale puisse agir de son propre fait dans une situation comme celle-là et rester en fonction comme ministre. Je pense que le sort du ministre sera une indication claire de l'implication du gouvernement en tant que tel ou non », a répondu jeudi le porte-parole du gouvernement congolais. Qui continue d'accuser Kigali : pour lui, trois bataillons rwandais se trouvent avec les mutins, qui tiennent quelques collines dans le sud-est du parc national des Virunga, à la frontière avec le Rwanda et l'Ouganda.

Quel est le rôle de Paul Kagamé ?
« Nous serions fort étonnés que le n°1 des force armées rwandaises puisse prendre la décision de projeter des troupes sur un territoire étranger sans l'aval du commandant suprême de l'armée qui est le chef de l'État [Paul Kagame, NDLR] et rester en fonction un jour après que le président ait appris cela. S'il reste en fonction, cela sera clair pour nous que cela a procédé d'une volonté supérieure, dans ce cas là c'est grave », a poursuivi Mende.
Mais entre les allégations des uns et les démentis des autres, les faux-semblants ne sont pas loin. En coulisse, les autorités des deux pays voisins tentent toujours de négocier un apaisement. Et les déclarations publiques des uns ou des autres ont vraisemblablement pour but soit de gagner du temps soit de se metre en position de force dans les discussions en renforçant la pression diplomatico-médiatique sur l'adversaire.

Pour preuve, le jour même des dernières déclarations de Mende, des négociations avaient lieu en toute discrétion à Goma, capitale du Nord-Kivu, entre les généraux rwandais Kabarebe et Kayonga et leurs homologues congolais le ministre de la Défense, Alexandre Ntambo Luba, et le chef d'état-major des Forces armées de la RDC (FARDC), le général Didier Etumba.
(Avec AFP)


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jeudi 28 juin 2012

RDC: les variables oubliées de l’équation de la balkanisation

(Les Afriques 28/06/2012) La non-existence de la RD-Congo comme État-Nation serait-elle téléguidée par les firmes multinationales, en collusion avec certains pays voisins, dans le but de fournir la preuve scientifique à la matérialisation de la partition du Congo.

Pourquoi relier cette thèse à un «complot» ?
Six mois après des élections tronquées, la crise de légitimité couve toujours en RDCongo, alors que les combats ont repris dans le Kivu sur fond de rumeurs de balkanisation. «There Is No Congo», tel est le titre d’un article publié en mars 2009 dans Foreign Policy (1) par Jeffrey Herbst et Greg Mills invitant la communauté internationale à reconnaitre une «évidence brutale» : la non-existence de la RD-Congo comme État- Nation. Leur thèse se résume à peu près à ceci : extrêmement riche en ressources naturelles, sous-peuplée et ayant une population culturellement moins intégrée et institutionnellement faible, le Congo ne serait pas un État fonctionnel.

De nombreux Congolais en ont déduit que cette thèse serait téléguidée par les firmes multinationales, en collusion avec certains pays voisins, dans le but de fournir la preuve scientifique à la matérialisation de la partition du Congo. Question : pourquoi relie-t-on cette thèse à un «complot» visant la partition du Congo ?
Premièrement, elle tombe singulièrement à pic, au moment où la RDC est assaillie par une guerre déclenchée en 1996 par M’zee Kabila pour renverser Mobutu avec l’aide du Rwanda et de l’Ouganda sous la houlette des États-Unis. Depuis, l’Est du pays est soumis au pillage systématique de ses ressources naturelles par une bande des milices armées opérant à la solde des pays voisins sus-nommés et de puissantes multinationales sous l’oeil attendri de la Monusco et de la Communauté internationale.

Deuxièmement, les déclarations simultanées de Nicolas Sarkozy et Herman Cohen, le premier plaidant pour un meilleur partage de l’espace et des richesses dans la région des Grands-Lacs et le second affirmant qu’au Département d’Etat, le Kivu faisait partie du Rwanda, sont révélatrices des intentions des grandes puissances.

Enfin, en 2010, les Pays-Bas ont abrité un séminaire centré sur les frontières du Congo à l’horizon 2020. Récidivant en avril 2012, le ministère des affaires étrangères du même pays en collaboration avec la fondation Netherlands-African Business Council, convoquait une rencontre d’information aux entreprises intéressées sur la situation du «Ghana, de l’Éthiopie et de la région des Grands-Lacs» (sic !), la RDC comme État est ignorée !

Voilà pour les indices. Rappelons toutefois que le Congo n’est pas à sa première expérience de tentative de partition commanditée à partir de l’extérieur. En remontant la trajectoire de son histoire, il y a un siècle environ, vers 1890, les minerais du Katanga attirèrent le premier ministre de la colonie du Cap (Afrique du Sud), le britannique Cecil Rhodes, fondateur de De Beers. Au faîte de sa puissance, Rhodes menait une stratégie agressive dans la conquête de nouvelles sources des minerais. Il projeta de déconnecter le Katanga de l’État Indépendant du Congo (EIC) pour l’intégrer dans l’Empire britannique en Afrique Orientale, quitte à soudoyer le roi Mwenda M’Siri. Celui-ci réservera une fin de non-recevoir à sa requête.

Utilisant un argumentaire presqu’identique à la thèse Herbst- Mills (sous-peuplement, vaste superficie), mais tout en évitant de mentionner leur appétit pour les mines d’or et de cuivre, les médias britanniques firent de grosses manchettes revendiquant ouvertement ni plus ni moins la séparation du Katanga de l’EIC. Alerté, Léopold II déjoua ce plan en envoyant une expédition armée au terme de laquelle fut décapité le roi M’Siri qui était farouchement opposé autant à la partition du Katanga qu’à son occupation par un souverain étranger. A l’indépendance (1960), les multinationales belges et américaines rééditeront le même subterfuge en commanditant la session katangaise. La thèse Herbst-Mills a omis deux variables non négligeables dans l’équation de la partition du Congo. La première est relative à l’affirmation contrastante de Delphine Schrank (2), soutenant que le nationalisme dont font preuve les Congolais empêcherait l’émiettement de leur territoire. En effet, il y a lieu de marteler que l’identité nationaliste congolaise ne se réduit pas à la simple prise de conscience de soi, de sa culture ou de l’appartenance à un groupe ethnique spatialement dominant ou non. Elle plonge ses racines plutôt dans la relation mythique que les Congolais, à l’instar du Mwami M’Siri ou de Nvitaa- Nkanga (roi Kongo qui fut décapité en 1665 par les portugais pour s’être opposé à la prédation des mines de cuivre), entretiennent avec le «mabele ya ba Nkoko» (la terre de nos ancêtres), sans ignorer les considérations rituelles qui l’entourent. En dépit de la diversité des particularités ethnoculturelles, les Congolais ont vécu et partagé sur leur terre, au cours des 50 dernières années, des événements historiques de portée nationale : la lutte pour l’accession à l’indépendance, le chaos postindépendance, le mobutisme avec ses périodes de gloire et de décadence, les turpitudes de la Conférence Nationale Souveraine, la double opération de «libération» menée par M’zee Kabila (contre la dictature mobutienne et contre les forces d’occupation rwandaises), la fraude électorale de novembre 2011… De là s’est développée une identité de situation qui vient fortifier une conscience nationale.

L’autre variable concerne la cristallisation politique de la génération congolaise. Celle qui, entre décembre 2011 et février 2012, par milliers, a pris d’assaut les grandes artères des métropoles des 5 continents, a brandi le drapeau congolais devant le Capitole, la CNN, la CPI, la Maison Blanche, l’Élysée dénonçant le complot... Cette générationlà porte collectivement les stigmates du sang versé par 8 millions de congolais assassinés, violés et mutilés dans l’Est du pays par les forces d’occupation étrangères face à un État congolais incapable de les défendre et de défendre son territoire. Ainsi, si l’institution «État congolais » paraît inexistante, la Nation congolaise, elle, existe et se conforte justement en réponse aux dysfonctionnements du même État congolais sur son territoire (soit en pillant son peuple, soit en ne le protégeant pas de l’étranger, puis en le transcendant pour bénéficier d’une protection étrangère).

L’Histoire veillera à valider ou non le pouvoir prédictif de la thèse Herbst-Mills. En revanche, ces deux variables pèseront sans aucun doute dans l’analyse des résultats.

Remy K. Katshingu,

Professeur d’économie au Collège de Saint-Jérôme, Canada.

Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org


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RD Congo : un bouc émissaire nommé MONUSCO

(L'Observateur Paalga 28/06/2012)
Le renouvellement du mandat de la MONUSCO, la Mission des nations unies en République démocratique du Congo (RDC), était, hier mercredi 27 juin 2012, au menu de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU. A cause du décalage horaire, nous n’avions pas encore les conclusions de cette importante rencontre au moment où nous tracions ces lignes. Cependant, tout plaidait véritablement pour le maintien de la mission onusienne dans ce pays-continent qui peine à retrouver sa stabilité depuis le crépuscule du règne du «Roi» Mobutu.

Sans doute qu’à l’heure où vous nous lisez, le mandat de la MONUSCO a été renouvelé ; ce qui ne devrait être en fait qu’une évidence et une simple logique : en effet, l’ONU ne peut pas quitter la RDC au moment même où le pays, tout doucement, est en train de basculer dans la guerre, notamment à l’Est avec les provinces des deux Kivu en proie à une rébellion née d’une dissidence au sein de l’armée nationale.

Alors, si le doute n’était pas permis quant au maintien de la MONUSCO, c’était par contre l’expectative concernant le mandat de cette Mission, la plus importante des nations unies dans le monde avec quelque 20 000 casques bleus ; en effet, le débat est vif au Congo sur la présence et le rôle des soldats de l’ONU : il y a ceux qui sont pour le départ de cette force parce qu’inutile ; ceux qui sont pour son maintien mais qui exigent une reformulation de son mandat afin d'en faire une force combattante pour assurer la sécurité des civils ; ceux qui, enfin, souhaitent que la MONUSCO prenne une dimension politique en assurant la crédibilité des consultations électorales.

Comme on le voit, les désirs sont nombreux et pas toujours convergents. Difficile dans ces conditions de trouver une formule de la MONUSCO qui satisfasse les uns et les autres. Forcément de part et d’autre, ça va râler, quel que soit ce qu’aura décidé le Conseil de sécurité de l’ONU.

Si beaucoup éprouvent un terrible ressentiment contre les casques bleus, c’est tout simplement parce que cette force n’est pas du tout dissuasive, car malgré sa présence, c’est à son nez et à sa barbe que les mouvements rebelles prospèrent au Congo. Et voilà la MONUSCO qu’on accuse de tous les péchés du Congo.

Mais qui aurait pu croire que le grand Zaïre de Mobutu serait un jour à genoux, incapable d’assurer sa propre sécurité au point de pratiquement s’en remettre à l’ONU ? Très peu de monde. Incroyable mais vrai, la RDC, l’ancienne toute-puissante Zaïre, n’est plus aujourd’hui qu’un géant mollusque dont la voix, politiquement et militairement, compte pour du beurre dans cette partie de l’Afrique où, jadis, elle faisait la loi, la pluie et le beau temps.

Le cas le plus emblématique de cette situation de faiblesse de la RDC est sans conteste les difficultés qu’elle a avec le Rwanda de Paul Kagamé, qui lui donne du fil à retordre sans qu’elle puisse véritablement taper du poing sur la table. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle biblique de David et Goliath : le Rwanda, ce petit territoire de 26 338 km2 pour moins de 12 millions d’habitants, est un Etat bien organisé et militairement puissant ; par contre, la RDC, avec ses 2 345 000 km2 pour près de 75 millions d’habitants, a tout d’un vrai foutoir doublé d’un véritable scandale géologique avec des ressources minières à ciel ouvert. De plus, ce pays-continent est victime de son gigantisme, de la forme de son Etat, de la désorganisation de son armée et de la boulimie de ses dirigeants pour le pouvoir et les richesses.

Et voilà la RDC accusant le Rwanda d’être le soutien et la base-arrière des rebelles du M23. Kigali s’en défend et a même dépêché sa ministre des Affaires étrangères à l’ONU pour montrer patte blanche, même si c’est de notoriété publique que plusieurs responsables rebelles sont fréquents au Rwanda.

Mis à part l’agitation diplomatique, qu’est-ce que Kinshasa peut bien faire contre Kigali ? Pratiquement rien… Triste sort que celui du Congo. Patrice Lumumba va se retourner dans sa tombe, lui qui rêvait d’un grand Congo dans une grande Afrique !



San Evariste Barro


© Copyright L'Observateur Paalga

RDC : le Rwanda réfute les accusations de l’ONU

(Afrik.com 28/06/2012) Kigali est accusée de soutenir les mutins ex-rebelles dans le Nord-Kivu.
Dans son rapport publié mardi, dont l’annexe sera rendue publique en novembre, les experts de l’ONU accusent le Rwanda de soutenir les ex-rebelles congolais, en leur fournissant « des armes, du ravitaillement militaire et de nouvelles recrues ». Kigali dément et compte présenter des preuves « factuelles » à même de lever tous soupçons.

Les experts des sanctions de l’ONU affirment, dans cette annexe que s’est procurée l’AFP, détenir des « preuves accablantes » qui démontrent que les responsables de l’armée rwandaise « dans l’exercice de leurs fonctions officielles, soutiennent les rebelles en leur fournissant des armes, du ravitaillement militaire et de nouvelles recrues ». Pour rappel, Kigali a toujours nié son implication dans le conflit qui oppose, depuis le mois de mai dans le Nord-Kivu, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les ex-rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP).

Crise diplomatique entre le Rwanda et la RDC ?
« C’est un document préliminaire partial, fondé sur des conclusions partielles et il doit encore être vérifié. », a déclaré la ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo. Et d’ajouter « Nous avons l’intention de fournir des preuves factuelles que les accusations contre le Rwanda son fausses ». La ministre souligne, par ailleurs, qu’il est « profondément regrettable » que « la frénésie médiatique » soit à l’origine de ce rapport de l’ONU qui met en cause l’armée rwandaise dans le conflit qui oppose, depuis le mois de mai dans le Nord-Kivu, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les ex-rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Louise Mushikiwabo exhorte, en outre, les experts des sanctions de l’ONU à inclure dans leur rapport complet, dont la publication est prévue pour novembre, le démenti du Rwanda.

Ce rapport de l’ONU annonce peut-être une crise diplomatique entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC). Le président Joseph Kabila suit « de très près » cette affaire, a confié mercredi le Premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo. « Le gouvernement a demandé la publication intégrale de ce rapport […] », a-t-il précisé.

Crise humanitaire
Depuis le mois de mai, les combats entre les FARDC et les mutins ex-rebelles ont repris de plus belle dans la province du Nord-Kivu. Après une courte accalmie, la province s’embrase à nouveau. 200.000 congolais auraient fui ces violences. Parmi eux, certains se sont refugiés à Rwaguba, dans la région de Rutshuru, pour se mettre à l’abri. Un exode qui n’est pas sans conséquence puisque 150 cas de choléra sont à déplorer. Les ONG et autres associations humanitaires, qui se trouvent sur place, restent mobilisées pour venir en aide aux déplacés.


par Sébastien Badibanga


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RDC: les variables oubliées de l’équation de la balkanisation

(Les Afriques 28/06/2012)
La non-existence de la RD-Congo comme État-Nation serait-elle téléguidée par les firmes multinationales, en collusion avec certains pays voisins, dans le but de fournir la preuve scientifique à la matérialisation de la partition du Congo.

Pourquoi relier cette thèse à un «complot» ?
Six mois après des élections tronquées, la crise de légitimité couve toujours en RDCongo, alors que les combats ont repris dans le Kivu sur fond de rumeurs de balkanisation. «There Is No Congo», tel est le titre d’un article publié en mars 2009 dans Foreign Policy (1) par Jeffrey Herbst et Greg Mills invitant la communauté internationale à reconnaitre une «évidence brutale» : la non-existence de la RD-Congo comme État- Nation. Leur thèse se résume à peu près à ceci : extrêmement riche en ressources naturelles, sous-peuplée et ayant une population culturellement moins intégrée et institutionnellement faible, le Congo ne serait pas un État fonctionnel.

De nombreux Congolais en ont déduit que cette thèse serait téléguidée par les firmes multinationales, en collusion avec certains pays voisins, dans le but de fournir la preuve scientifique à la matérialisation de la partition du Congo. Question : pourquoi relie-t-on cette thèse à un «complot» visant la partition du Congo ?

Premièrement, elle tombe singulièrement à pic, au moment où la RDC est assaillie par une guerre déclenchée en 1996 par M’zee Kabila pour renverser Mobutu avec l’aide du Rwanda et de l’Ouganda sous la houlette des États-Unis. Depuis, l’Est du pays est soumis au pillage systématique de ses ressources naturelles par une bande des milices armées opérant à la solde des pays voisins sus-nommés et de puissantes multinationales sous l’oeil attendri de la Monusco et de la Communauté internationale.

Deuxièmement, les déclarations simultanées de Nicolas Sarkozy et Herman Cohen, le premier plaidant pour un meilleur partage de l’espace et des richesses dans la région des Grands-Lacs et le second affirmant qu’au Département d’Etat, le Kivu faisait partie du Rwanda, sont révélatrices des intentions des grandes puissances.

Enfin, en 2010, les Pays-Bas ont abrité un séminaire centré sur les frontières du Congo à l’horizon 2020. Récidivant en avril 2012, le ministère des affaires étrangères du même pays en collaboration avec la fondation Netherlands-African Business Council, convoquait une rencontre d’information aux entreprises intéressées sur la situation du «Ghana, de l’Éthiopie et de la région des Grands-Lacs» (sic !), la RDC comme État est ignorée !

Voilà pour les indices. Rappelons toutefois que le Congo n’est pas à sa première expérience de tentative de partition commanditée à partir de l’extérieur. En remontant la trajectoire de son histoire, il y a un siècle environ, vers 1890, les minerais du Katanga attirèrent le premier ministre de la colonie du Cap (Afrique du Sud), le britannique Cecil Rhodes, fondateur de De Beers. Au faîte de sa puissance, Rhodes menait une stratégie agressive dans la conquête de nouvelles sources des minerais. Il projeta de déconnecter le Katanga de l’État Indépendant du Congo (EIC) pour l’intégrer dans l’Empire britannique en Afrique Orientale, quitte à soudoyer le roi Mwenda M’Siri. Celui-ci réservera une fin de non-recevoir à sa requête.

Utilisant un argumentaire presqu’identique à la thèse Herbst- Mills (sous-peuplement, vaste superficie), mais tout en évitant de mentionner leur appétit pour les mines d’or et de cuivre, les médias britanniques firent de grosses manchettes revendiquant ouvertement ni plus ni moins la séparation du Katanga de l’EIC. Alerté, Léopold II déjoua ce plan en envoyant une expédition armée au terme de laquelle fut décapité le roi M’Siri qui était farouchement opposé autant à la partition du Katanga qu’à son occupation par un souverain étranger. A l’indépendance (1960), les multinationales belges et américaines rééditeront le même subterfuge en commanditant la session katangaise. La thèse Herbst-Mills a omis deux variables non négligeables dans l’équation de la partition du Congo. La première est relative à l’affirmation contrastante de Delphine Schrank (2), soutenant que le nationalisme dont font preuve les Congolais empêcherait l’émiettement de leur territoire. En effet, il y a lieu de marteler que l’identité nationaliste congolaise ne se réduit pas à la simple prise de conscience de soi, de sa culture ou de l’appartenance à un groupe ethnique spatialement dominant ou non. Elle plonge ses racines plutôt dans la relation mythique que les Congolais, à l’instar du Mwami M’Siri ou de Nvitaa- Nkanga (roi Kongo qui fut décapité en 1665 par les portugais pour s’être opposé à la prédation des mines de cuivre), entretiennent avec le «mabele ya ba Nkoko» (la terre de nos ancêtres), sans ignorer les considérations rituelles qui l’entourent. En dépit de la diversité des particularités ethnoculturelles, les Congolais ont vécu et partagé sur leur terre, au cours des 50 dernières années, des événements historiques de portée nationale : la lutte pour l’accession à l’indépendance, le chaos postindépendance, le mobutisme avec ses périodes de gloire et de décadence, les turpitudes de la Conférence Nationale Souveraine, la double opération de «libération» menée par M’zee Kabila (contre la dictature mobutienne et contre les forces d’occupation rwandaises), la fraude électorale de novembre 2011… De là s’est développée une identité de situation qui vient fortifier une conscience nationale.

L’autre variable concerne la cristallisation politique de la génération congolaise. Celle qui, entre décembre 2011 et février 2012, par milliers, a pris d’assaut les grandes artères des métropoles des 5 continents, a brandi le drapeau congolais devant le Capitole, la CNN, la CPI, la Maison Blanche, l’Élysée dénonçant le complot... Cette générationlà porte collectivement les stigmates du sang versé par 8 millions de congolais assassinés, violés et mutilés dans l’Est du pays par les forces d’occupation étrangères face à un État congolais incapable de les défendre et de défendre son territoire. Ainsi, si l’institution «État congolais » paraît inexistante, la Nation congolaise, elle, existe et se conforte justement en réponse aux dysfonctionnements du même État congolais sur son territoire (soit en pillant son peuple, soit en ne le protégeant pas de l’étranger, puis en le transcendant pour bénéficier d’une protection étrangère).

L’Histoire veillera à valider ou non le pouvoir prédictif de la thèse Herbst-Mills. En revanche, ces deux variables pèseront sans aucun doute dans l’analyse des résultats.

Remy K. Katshingu,

Professeur d’économie au Collège de Saint-Jérôme, Canada.

Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org


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