dimanche 11 mars 2012

MISSION ASSIGNÉE AUX MISSIONNAIRES PAR LE ROI LÉOPOLD II DE BELGIQUE

LE ROI LÉOPOLD II DE BELGIQUE


MISSION ASSIGNÉE AUX MISSIONNAIRES PAR LE ROI LÉOPOLD II DE BELGIQUE.

Révérends Pères et chers compatriotes,

La tâche qui vous est confiée à remplir est très délicate et demande
beaucoup de tact. Prêtres, vous allez certes pour évangélisation, mais
cette évangélisation doit s'inspirer avant tout des intérêts de la Belgique
et de l'Europe.

Le but principal de votre mission en Afrique n'est donc point d'apprendre
aux nègres à connaître Dieu, car ils le connaissent déjà. Ils parlent et se
soumettent à un Mundi, Un'Mungu, Un Diakomba et que sais-je encore; ils
savent que tuer, voler, coucher la femme d'autrui, calomnier et injurier
est mauvais. Ayons donc le courage de l'avouer. Vous n'irez donc pas
leur apprendre ce qu'ils savent déjà. Votre rôle essentiel est de faciliter la
tâche aux administratifs et aux industriels. C'est donc dire que vous
interprétez l'évangile de façon qui sert à mieux protéger nos intérêts dans
cette partie du monde.

Pour ce faire, vous veillerez entre autres à désintéresser nos sauvages
des richesses dont regorgent leur sol et sous-sol, pour éviter qu'ils s'y
intéressent, qu'ils ne nous fassent pas une concurrence meurtrière et
rêvent un jour à nous déloger. Votre connaissance de l'Évangile nous
permettra de trouver facilement des textes recommandant aux fidèles
d'aimer la pauvreté, tel par exemple : " heureux les pauvres car le
Royaume des cieux est eux ", " Il est difficile aux riches d'entrer au ciel ".
Vous ferez tout pour que les Nègres aient peur de s'enrichir pour mériter
le ciel.

Pour éviter qu'ils ne se révoltent de temps en temps et pour que vous les
fassiez craindre, vous devez recourir à la violence. Vous leur enseignerez
de tout supporter même s'ils sont injuriés ou battus par vos compatriotes
administratifs. Vous leur enseignerez que toute personne qui recourt à la
vengeance n'est pas digne d'être fils de Dieu. Vous les inviterez à suivre
l'exemple des Saints qui ont tendu la deuxième joue sans recul et insulte.
Vous devez les détacher et les faire mépriser tout ce qui leur procure le
courage de nous affronter. Je fais allusion ici principalement à leurs fétiches
de guerre. Qu'ils ne prétendent point les abandonner et vous mettre tous
à l'œuvre pour les faire disparaître. Votre action doit se porter essentiellement
sur les jeunes afin qu'ils ne se révoltent pas. Si le commandement du
Père est conducteur à celui des parents, l'enfant devra apprendre à obéir
à ce que lui recommande le missionnaire qui est le père de son âme.
Insistez particulièrement sur la soumission et l'obéissance. Évitez de développer
l'esprit de critique dans vos écoles. Apprenez aux élèves à écrire et non à
raisonner.

Ce sont là, chers compatriotes, quelques-uns des principes que vous appliquerez.
Vous en trouverez beaucoup d'autres dans les livres qui vous seront remis
à la fin de cette séance.


Évangélisez les Nègres à la mode des Africains, qu'ils restent toujours
soumis aux colonialistes blancs. Qu'ils ne se révoltent jamais contre les
injustices que ceux-ci leur font subir. Faites leur méditer chaque jour "
heureux ceux qui pleurent car le Royaume des cieux est à eux ".
Convertissez toujours des Noirs au moyen de la chicote. Gardez leurs
femmes à la soumission pendant neuf mois afin qu'elles travaillent
gratuitement pour vous. Exigez ensuite qu'ils vous offrent en signe de
reconnaissance des chèvres, poules, œufs, chaque fois que vous visitez
leurs villages.

Faites tout pour éviter que les Noirs ne deviennent jamais riches. Chantez
chaque jour qu'il est impossible à un riche d'entrer au ciel. Faites-leur
payer une taxe chaque semaine à la messe de dimanche. Utilisez ensuite
cet argent prétendument destiné aux pauvres et transférez ainsi vos missions
à des centres commerciaux florissants. Instituez pour eux un système de
confession qui fera de vous de bons détectives pour démentir tout Noir
qui a une prise de conscience envers les autorités investies du pouvoir de
décision.

Léopold II, Roi de Belgique
(Discours prononcé en 1883 devant les
missionnaires se rendant en Afrique)

jeudi 8 mars 2012

RD Congo : Histoire d’un chaos délibéré

RD Congo : Histoire d’un chaos délibéré(AgoraVox 08/03/2012)
Au moment où j’écris cet article, la figure la plus vraisemblable de l’avenir du Congo que je me représente me fait craindre une descente définitive aux enfers de cet immense pays africain. Aujourd’hui se joue entre le pouvoir, l’opposition politique et le peuple congolais ce que sera ou pas le Congo au cours de la prochaine décennie après des élections en novembre 2011 pour les moins régulières.

1 GROS PLAN D’UN PROCESSUS DÉMOCRATIQUE VICIÉ

En l’an 2006, s’étaient déroulées en République démocratique du Congo sous la supervision des Nations Unies, des élections présidentielles et législatives ayant opposé en son temps, Joseph Kabila, l’actuel président, et Jean-Pierre Bemba, leader d’un mouvement issu d’une rébellion armée. Le Congo sortait alors d’une longue guerre meurtrière - une deuxième de trop - qui avait entrainé la partition de fait du pays en deux parties nettes :

- Une zone gouvernementale s’étendant du centre au sud sur la partie Ouest du pays administrée par les Kabila (père et fils) soutenus à bout le bras par l’Angola, la Namibie et le Zimbabwe.

- Une partie Est occupée et contrôlée par le Rwanda – le Maniema, le Sud-Kivu, une grande partie du Nord-Kivu et de la Province Orientale (Kisangani), le nord du Katanga et quelques zones du Kasaï - et l’Ouganda - la partie nord du Nord-Kivu, la province de l’Équateur et une partie de la Province Orientale (Ituri) - avec la complicité des fantoches ”rebelles” congolais qui jouaient plus le rôle de pilleur des richesses naturelles au profit de leurs mentors que de véritables acteurs politiques.

Le Congo est un géant minier dont la richesse attise toutes les convoitises et permet, outre l’enrichissement personnel, la conservation et la conquête du pouvoir. La stratégie de cette sale guerre passe désormais par le contrôle d’étendues territoriales riches en ressources naturelles que chacun exploite selon ses propres règles de jeu avec ses alliés.

1.1. COUP D’OEIL SUR UN PASSÉ QUI NE PASSE PAS

Pour rappel, la première guerre du Congo éclate au Kivu en septembre 1996, en raison du mécontentement des populations Banyarwanda auxquels le régime mobutiste menacait de retirer la nationalité zaïroise. Le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda instrumentaliseront les revendications de cette frange de la population pour déclencher une offensive visant à renverser Mobutu. Leur objectif est de sécuriser les frontières en démantelant les camps de réfugiés qui servent de base arrière à leurs mouvements rebelles respectifs. A cet effet, ils financeront et armeront l’Alliance des forces démocratique de liberation du Congo-Zaïre (AFDL) à la tête de laquelle se trouve un certain Laurent-Désiré Kabila, père de l’actuel président. Cette guerre prendra fin le 17 mai 1997 avec la fuite de Mobutu et la prise de la capitale Kinshasa. En 1998, quand L-D Kabila, désireux de s’affranchir de la tutelle des alliés qui l’avaient porté au pouvoir, a tenté de se séparer de ses mentors rwandais et ougandais, une deuxième guerre a éclaté et divisé le pays en deux parties. Ce qui devait être une guerre “éclair “durera cinq ans. Curieusement, ces deux guerres sont toutes qualifiées de libération.

1.2. ÉLECTION 2006 OU VOTE SANCTION

Les Congolais ont voté en majorité contre les dirigeants politiques qui leur avaient tenu en respect au cours de la période noire. (1998-2003)

Dans l’est du pays, Le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie, un groupe inféodé au Rwanda) militairement implanté dans cette région a été sévèrement sanctionné : Les populations autrefois sous son joug s’en sont affranchies ont voté férocement contre ses dirigeants en jetant leur dévolu sur un jeune inconnu : Joseph Kabila. Les souffrances, les humiliations et la haine ont été déterminantes dans leur choix en faveur du jeune homme car le connu (càd les rebelles), elles ne le connaissaient que trop bien et n’en voulaient surtout plus.

Joseph avait la faveur de porter le nom de Kabila. Comme L-D Kabila, celui-là même que l’histoire officielle affirme que les populations de l’Est du pays lui avaient confié leurs enfants pour aller renverser le régime exsangue de Mobutu en 1997. Objectons que ces « Kadogo » ou enfants soldats pour la plupart désœuvrés et légèrement scolarisés s’étaient enrôlés dans les rangs de la « rébellion » de Kabila père sans la bénédiction de leurs parents qui se méfiaient comme de la peste des militaires rwandais omniprésents et, dans la moindre mesure, de Kabila considéré comme leur pion.

À l’ouest, en revanche, les populations essoufflées par les restrictions de l’effort de guerre alors que les dirigeants, eux, menaient une vie de Pacha se sont investies massivement en faveur d’un autre leader de la rébellion soutenue principalement par l’Ouganda, Jean-Pierre Bemba aujourd’hui incarcéré à la Haye pour crime de guerre et crime contre l’humanité… À l’époque, une certaine presse proche de l’opposition non armée (ayant boycotté les élections) ironisait avec excès que les Congolais avaient le choix entre le Sida et l’Ebola.

Il ne fait aucun doute que les forces d’occupation ont pillé le sous-sol congolais et que le gouvernement et ses alliés se sont aussi servis des resources naturelles pour financer ce conflit mené par et pour les richesses du Congo devenues nerf de la guerre. En somme, nous Énous trouvons en face de deux leaders politiques peu populaires sur l’étendue du territoire qu’ils ont contrôlé pendant la guerre et qui comptent sur l’impopularité et la mégestion de l’adversaire pour remporter les élections.

1.3 EST-OUEST : UNE MANIPULATION SOCIO-POLITICIENNE

Le peuple congolais est sorti de la guerre plus uni que jamais. Ce peuple venait de faire échec aux analystes et stratèges qui prévoyaient l’éclatement du Congo en 4 zones distinctes, appelées à devenir de sortes de protectorat économiques des pays voisins. Les experts avaient sous-estimé un facteur essentiel : Le nationalisme congolais.

Pourtant, la classe politique en mal d’inspiration n’a pas hésité d’ouvrir la boite de pandore en surfant sur une fibre séparatiste. L’est géographique du Congo est habité par des peuples qui utilisent essentiellement le Swahili comme langue véhiculaire alors qu’ailleurs l’on emploie le Lingala, le Tshiluba et le Kikongo. L’Est Swahiliphone (limitrophe du Rwanda et de l’Ouganda) s’est retrouvé évidemment en grande partie entre les mains des rebelles alors que le lointain Ouest (linguistiquement pluriel) se retrouvait administré par les forces gouvernementales.

La classe politique est en effet parvenue à instrumentaliser en clivage politique un Est swahili « politiquement homogène, culturellement opposé » et un Ouest « d’authentiques congolais » pourtant linguistiquement pluriel. Le peuple a mordu au hameçon et s’est fait rouler dans la farine en s’engageant dans cette voie ridicule.

Il est à signaler pour mémoire qu’un certain Vital Kamerhe, ancien président de l’assemblée nationale, depuis, disgracié et actuellement opposant au régime, a été l’un des architectes de ce clivage chimérique imaginaire qui a pourtant fait tâche d’huile et a été un important élément additionnel à l’élection de Joseph Kabila favorisé par le poids démographique de l’est du pays. C’est dans cet état d’esprit qu’a débuté le mandat de Joseph Kabila avec une nation et une cohésion nationale lamentablement ébranlées.

2. PREMIER MANDAT : 2006-2011 : L’IMPUISSANCE AU SOMMET

S’il reste des poches de belligérance dans l’est du Congo, les violences meurtrières qui ont caractérisé la décennie 2000 sont en voie de disparition dans les autres provinces. Les efforts de la communauté internationale et de l’etablishment ont produit des effets. Le dégoût des Congolais de la guerre et des armes en vue de conquérir ou contester un pouvoir est aussi un élément essentiel en faveur de cet apaisement.

Les observateurs de la vie publique congolaise ont encore en mémoire la marche des troupes “rebelles” d’un certain Kunda Batware - satellite du Rwanda- autour de la ville de Goma stoppée par les forces onusiennes alors que les troupes gouvernementales éprouvaient des difficultés évidentes (combattants non aguérris, désorganisation logistique) et reculaient devant l’adversaire.

Hormis le sud-Katanga boosté par la reprise du prix du cuivre sur le marché mondial et la ville de Kinshasa qui connaissent un regain d’activité économique, le reste du pays s’empêtre dans une faillite sans accroc. Pour ce qui est des questions sociales, avec la croissance démographique et l’exode rural, la misère prévaut partout.

L’accord conclu en 2007 avec les Chinois, portant sur 9 milliards de dollars (6,3 milliards d’euros) avant d’être ramené à 6 milliards, a fâché les partenaires traditionnels de la RD Congo, et les investissements promis par Pékin tardent à venir. Ces grands chantiers financés par Pékin devaient créer de l’emploi, ce qui n’a pas été le cas. Désillusionnés, les Congolais ont plus l’impression que la présence des chinois est d’autant plus superflue que ces derniers ne se contentent plus des grands chantiers puisqu’ils sont aussi dans le petit commerce.

Au début de son mandat, le chef de l’État avait initialement lancé un slogan qui avait fait mouche : « Tolérance zéro ». Les Congolais ont attendu que ce principe s’applique effectivement à des personnes du pouvoir. Cela n’a pas été le cas. À Kinshasa, on sait qui a construit tel ou tel immeuble. Cela gangrène le régime dans un pays qui reste très pauvre. Toutes ces affaires qui se chiffrent en millions de dollars sont malvenues. Les personnes citées dans certaines affaires font partie de son entourage.

Le pouvoir donne l’impression que la gestion des dossiers économiques échappe aux règles de la transparence et de la libre concurrence.

Curieusement Joseph Kabila garde un mutisme suspect. Il y a un tel ésoterisme autour de lui qui suscite des points d’interrogation sur ses capacités de travail, sur le temps qu’il passe sur les dossiers… Certains pensent qu’il faudrait qu’il soit mieux conseillé, s’il peut l’être, mais le peut-il ou le veut-il ?

En attendant, exploitation et exportation frauduleuses des matières précieuses se poursuivent. Les réseaux commerciaux installés au cours de la rébellion fonctionnent encore à plein régime. Depuis bien longtemps, la partie-est du pays joue le rôle de pourvoyeur des matières premières de l’Ouganda et du Rwanda qui a pour ambition de devenir un “État-entrepôt”, une sorte de Singapour africain n’ayant curieusement pas les mêmes capacités de créativité ni d’avoir financier que le tigre asiatique. Ces deux États font le courtier de tout ce qui est exporté frauduleusement ou pas du Kivu et de la province orientale (Bois précieux, or, diamant, Coltan, oléagineux…).

Le Congo reste le terrain de manœuvre de la course des matières premières et le champ d’exercice de la puissance des autres. Et cela est la continuation d’une situation qui dure déjà depuis la conquête coloniale et qui a fait perdre au Congo la maîtrise sur son destin. Ce pays n’arrive pas à trouver une stabilité politique, militaire, et une bonne gouvernance qui lui permettrait de valoriser ses atouts.

2.1. DÉSILLUSION À L’EST ET FRUSTRATION À L’OUEST

À l’est, les populations déboussolées sont vite déçues car elles avaient mis beaucoup d’espoir en ce jeune président : “Notre fils” disaient-elles à l’époque. L’amertume et la désillusion ont amené certains congolais très soupçonneux à croire que leur « fils » était à la solde du Rwanda. Ce genre de « prise de conscience » est politiquement mortel au Congo, surtout dans la region Est. Mentalement, la boucle est bouclée et le cercle, inéluctablement vicieux.

Quant à l’ouest, généralement hostile à Kabila lors de ces élections, les populations reprochent à leurs frères de l’est du pays d’avoir fait perdurer leurs misères sociales en ayant remis en selle pour cinq années supplémentaires Kabila considéré comme un piètre dirigeant. Frustrées, elles ont traité leurs frères de l’est « d’hypocrites, faux aimables animés d’une culture de mensonge et empêcheurs de bien tourner en rond… comme les Rwandais » : Une bonne frange des mécontents plus « entreprenants » ont franchi le Rubicon en qualifiant carrément leurs frères de… Rwandais.

L’ironie du sort est que ce comportement ethniciste anti-rwandais a été exporté à Kinshasa et dans l’ensemble du pays par les ressortissants de l’est du pays. Les voilà à leur tour, taxés de Rwandais Tutsi ces ”seigneurs féodaux, dominateurs et en quête des terres et de pouvoir”. Ce qui n’arrange pas du tout les choses car il n'est du tout bien inspiré de qualifier un ressortissant de l’est du Congo de Rwandais. Comme on le constate, il ya damnation du Rwandais ou de tout ce qui est proche partout au Congo. Encore une fois, le Rwanda est désigné comme responsable sinon coupable de tous les maux du pays. Cette attitude n’est pas tenable à terme : S’il est réel que Joseph Kabila soit nul, et bien il l’est non parce qu’il est rwandais , mais tout simplement parce qu’il est…nul. La preuve est que le Rwanda, habité par nombreux rwandais et dirigé par un président rwandais – Paul kagame - n’est pas un pays des nuls et son économie n’est pas nulle. Au contraire, la croissance est au rendez-vous et l’avenir pas du tout compromis après le grave génocide de 1994…

Sans se rendre compte, les Congolais sont devenus les plus acharnés dans l’affichage ouvert de l’hostilité anti-rwandaise dans la sous-région.

3. ÉLECTION 2011 : UNE SAUCE CONGOLAISE INDIGESTE

C’est dans cette désillusion et frustration collectives que les Congolais se sont présentées aux élections présidentielles et législatives de novembre 2011. On pouvait lire partout, imprimé en grand caractère sur d’immenses affiches d’élections “Na Raïs Kabila … 100% sûr“alors qu’au meeting de l’opposition, le peuple scandait en choeur :”Tshisekedi, remballe nous Kabila au Rwanda”.

L’organisation ou plutôt la désorganisation de ce scrutin a été confiée à un homme très controversé : le Pasteur methodiste Daniel Ngoy Mulunda, conseiller spirituel du président sortant et co-fondateur du parti au pouvoir… on ne pouvait faire mieux. Le pouvoir préssentant son échec avait changé les règles du jeu en optant pour un mode de scrutin à un seul tour misant sur l’incapacité de l’opposition à présenter un candidat unique ; ce qui était bien pensé car l’opposition congolaise a été en effet incapable de se regrouper autour d’un seul candidat. Mais voilà que de ce meli-melo électoral surgit un troisieme acteur principal : C’est le peuple - cette fois-ci bien uni - qui contourne le piège du pouvoir et vote majoritairement pour le vieux leader Etienne Tshisekedi (78 ans, opposant résolu aux trois précédents régimes, politiquement constant ; ce qui est plutôt rare dans l’arène politique congolaise) issu de l’opposition qui avait boycotté les élections de 2006.

Autre victoire, le peuple a infligé un cuisant démenti aux stratèges qui pariaient encore une fois sur les camps (Est-Ouest) d’autrefois. Vital Kamerhe vient d’en payer les frais en récoltant un score chiche (7%) aux dernières présidentielles, lui qui se proclamait candidat de « l’Est ». Il a reconnu lui-même avoir platement été battu par les deux poids lourds que sont Etienne Tshisekedi et Joseph Kabila.

3.1 DÉLIQUECENCE DE L’ÉTAT ET NON DE LA NATION : VIVACITÉ D’UN PEUPLE

Le Congo est parmi les pays les moins avancés de la planète. La désagrégation de ses structures économiques formelles au détriment de l’informelle, la mauvaise gouvernance et l’attitude d’indifférence qu’affiche la classe dirigeante éloigne de plus en plus le pays des voies reconnues du développement, rendant précaires les conditions de vie des populations.

Toutefois, le déclin de l’État est en déphasage avec la vivacité de la nation. Dans ce vaste espace cohabitent 50 ou 60 millions de citoyens, tous sont animés d’une conscience nationale très forte qui passera peut-être à l’histoire comme le seul héritage du Mobutisme et ce sentiment l’emporte de loin sur les solidarités ethniques qu’il faut d’ailleurs relativiser. Cette conscience commune s’est forgée durant la colonisation, mais s’est cimentée sous le règne de Mobutu, où la musique, la danse, et même le culte de personnalité du « guide la révolution zaïroise » étaient des éléments unificateurs. Par la suite, les travaux de la conférence nationale ont été un autre facteur de cohésion nationale malgré la manipulation de certaines identités ethniques par les politiciens congolais qui confondaient délibérément importance sociologique et numérique en raison de leur intérêt personnel.

4. DÉFI DU POUVOIR : CAP DANS LE MUR.

Mais le pouvoir a décidé autrement en déclarant le président sortant vainqueur. Les sources dignes de foi font état de fraude électorale à ciel ouvert. Un grand nombre de congolais est furieux. Ce non-respect d’expression populaire sincère gène, frustre et annonce de gros nuages noirs à l’horizon 2012.

L’élection qui était considérée comme l’expression de la volonté populaire a été délibérément truquée et les principes électoraux scélératement tripatouillés par la machine gouvernementale. Tout se passe comme ci on préférait assurer la forme que travailler le fond. En gros, l’essentiel est que l’exercice électoral soit effectué. Peu importe si cette élection est transparente ou pas, si le contexte s’y prête ou pas, le tout est que les gens y aillent voter, ce qui est important pour le pouvoir, c’est qu’à la face du monde, on montre que les gens sont allés aux urnes.

Le Congo se retrouve une fois de plus avec un gouvernement sans capital de légitimité fort qui s’embourbera fatalement comme les précédents jusque ce qu’un jour, l’avenir s’exprimant par la voix du marché et de la démocratie se venge : Il portera le masque du FMI, de la banque mondiale, des manifestations monstres violemment réprimées dans les rues des villes congolaises ou d’un basculement massif en faveur des droites extrêmes. Sans doute même arborera-t-il tous ces masques à la fois. Si tel est le destin à venir, l’esquisse de l’apocalypse du Congo sous sa forme actuelle aurait dû alors effectivement commencé.

Le Congo, pays magnifique, plein de richesse et de promesses, déjà à la périphérie de l’ordre économique mondial sera engloutie dans une mer des défis et conflits majeurs des mouvements du monde. Et cette fois-là, le peuple congolais ne pourra rien contre le suprême ORDRE MARCHAND qui a une sainte horreur du vide et d’un immobilisme économique sans fin.

La classe politique est fondamentalement aveugle et elle ne veut rien savoir. Elle est de plus en plus médiocre qu’autrefois et manque totalement de vision à long terme. Elle n’a pas le courage politique d’avouer qu’elle a fait perdre un temps royal au pays. Aujourd’hui, le peuple vit dans la nostalgie d’un passé magnifié car le lendemain est chaque fois pire : Nombreux Congolais regrettent le temps colonial ou/et l’époque de Mobutu.

En dépit de “graves irrégularités” constatées par les observateurs du centre Carter, de l’église catholique congolaise et de l’union européenne, le pouvoir prend le risque de continuer à gouverner le pays par défi, les tensions intérieures plus ou moins maîtrisées à court terme culmineraient, tôt ou tard, dans une crise grave et difficile à dénouer. Les membres importants de communauté internationale marchent sur des oeufs ou jouent à la politique de l’autruche pour des raisons essentiellement économiques.

Quand le baril de poudre congolais explosera-t-il ? Wait and see

par Jean-Marie Mutobola



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Kabila-Tshisekedi : les Evêques insistent sur le Dialogue !

Kabila-Tshisekedi : les Evêques insistent sur le Dialogue !
(La Prospérité 08/03/2012)


Les résultats de la Présidentielle du novembre 2011 n’auront été qu’une goutte qui, finalement, a débordé le vase. Deux des onze candidats engagés dans la course, sont restés, chacun, dans ses positions. Kabila proclamé par la CENI et investi par la Cour Suprême de Justice, le 20 décembre 2011, préside à la destinée du pays. Tshisekedi qui, lui, conteste les résultats provisoires de la présidentielle, n’a cessé de multiplier des appels en direction de ses fidèles, pour s’engager dans une sorte de ‘’bras de fer’’ contre le nouvel ordre politique né de ces dernières élections couplées. A un certain moment, les perspectives d’un dialogue avaient tellement cédé la place à une multitude d’inquiétudes que bien d’esprits n’auraient nullement imaginé que l’histoire, comme naguère, devait avoir ses raisons que la raison ignore. Kinshasa, la capitale, était déjà au bord d’une implosion. Aujourd’hui, quelques mois après, le ciel, longtemps brumeux, aurait tendance à s’éclaircir, si jamais les efforts conjugués de la communauté internationale et des Evêques catholiques débouchaient sur une issue concluante. Les USA étaient en première ligne, avec l’idée d’un gouvernement inclusif. Puis, l’Allemagne, NDI et tant d’autres structures œuvrant sous le couvert de la diplomatie des coulisses, sont en action. Maintenant, c’est le tour des Evêques catholiques de faire la ronde, pour tenter de jeter un pont entre les deux principaux protagonistes de la scène politique congolaise. Ce ballet n’a toutefois pas négligé d’autres leaders tels que Kamerhe et Kengo dont le rôle serait néanmoins indéniable, s’il faut arrondir les angles de l’éventuelle gestion consensuelle, au cas où l’Opposition était invitée à table. La prochaine fois, ce sera peut-être l’ultime mission du Révérend Jean-Paul Moka et de l’ancien Président Ghanéen, s’ils sont confirmés, de pousser la classe politique à cliquer sur le clavier du dialogue dont les vertus favorisent l’éclosion de la paix, de la réconciliation et de la reconstruction. Après tout, le pays n’est-il pas un patrimoine commun ? Majorité-Opposition, entendez-vous ! Mettez-vous autour d’une table ! Le temps passe… ! Lundi 5 mars, la surprise est arrivée. Kabila reçoit une délégation du Comité Permanent des Evêques catholiques. C’était à Kingakati, de l’autre côté Est de Kinshasa, la capitale. La même délégation s’est rendue chez Tshisekedi, à Limeté. Puis, plus tard, elle s’est entretenue avec Vital Kamerhe et Michel Bongongo, respectivement, leaders de l’Union pour la Nation Congolaise, et, Représentant de Léon Kengo wa Dondo, l’un des candidats malheureux mais qui, présentement, trône encore à la tête du Sénat Congolais. Dans leur message, les Evêques, six au total, ont tenu à rappeler la nécessité, pour le gouvernement, de privilégier une démarche inclusive, par l’instauration du dialogue dans l’intérêt supérieur de la nation. Pour les Evêques, en effet, le malaise persistant au niveau social et politique occasionnerait des frustrations tant dans la classe politique qu’au sein du peuple congolais. Ici, les Evêques qui logent la Majorité et l’Opposition à la même enseigne, expliquent, en outre, que ces frustrations sont à la base d’une certaine inquiétude. Ils disent qu’ils ont pris cette initiative au nom de la CENCO qui, elle, en appelle à un dialogue des acteurs politiques et de toutes les forces vives de la société, pour le service du bien commun. Le dialogue, insistent-ils, demeure la seule voie, pour conjurer le malaise socio-politique observé. Concrètement, les Evêques se sont mis à l’écoute de tous afin de voir comment reconstruire ensemble le pays dans la paix, la justice et la vérité. Cette initiative, du reste, saluée de tous, n’est qu’à la phase initiale, précise un communiqué lu par M. l’Abbé Léonard Santedi, Secrétaire Général de la CENCO. Quand ? A la question de savoir à quand la prochaine étape, les Evêques qui ont, en même temps, achevé les travaux de leur session ordinaire au Centre Caritas Développement, n’y donnent les moindres détails. Toutefois, ce ballet diplomatique est un parmi tant d’autres missions de bons offices. Si l’Ambassadeur Américain est revenu plusieurs sur l’urgence d’une inclusivité au niveau du gouvernement, celui de l’Allemagne est allé plus loin, jusqu’à inviter Tshisekedi et sa tendre épouse, pour un dîner. La dernière fois, le même Ambassadeur d’Allemagne s’est rendu chez Tshisekedi, sur Pétunias, pour une petite visite de courtoisie. Décidément, le pont est jeté. De l’autre côté, NDI s’active. Des délégués des partis politiques et forces vives sont en concertation, depuis ce mardi 5 mars au Grand Hôtel Kinshasa. Ce sont des tractations tenues secrètes dont seule la perspicacité de La Prospérité a permis de glaner quelques fuites d’information. A tout prendre, le dialogue est là, même s’il n’en est qu’à ses débuts. Là où Kabila parle d’ouverture, Tshisekedi n’y est pas forcément opposé, sauf qu’il l’exige, lui, pour retrouver peut-être ce qu’il croit avoir perdu, à l’issue de la présidentielle 2011. Là où Kengo parle de l’annulation des scrutins, Kamerhe parle du recomptage des voix aux Chefs d’Etat Africains, à Addis-Abeba, alors que sur un autre registre, les diplomates occidentaux évoquent, eux, la notion d’inclusivité, comme autrefois sous le cadre lambrissé de Sun City, au vieux temps du dialogue entre congolais, en Afrique du Sud, vers 2003 ? Où allons-nous ? Va-t-on vers un plus combien ? Y a-t-il un petit schéma nouveau ? On va dialoguer, pour atteindre quel but ? Peut-on dialoguer, sans se soucier du partage du pouvoir ou du dépeçage du gâteau ? Lequel, ce gâteau-là ? A quoi auront, finalement, servi les élections ? Faut-il considérer que les irrégularités de ces élections ont-elles été une aubaine, pour justifier le retour en force aux affaires des candidats malheureux, par la magie du dialogue ? Autant de questions sans réponses. Mais, toujours est-il que la classe politique congolaise est capable d’y réserver la suite idoine, le moment venu. Elle est capable de surmonter ses crises et antagonismes, pour aller de l’avant. Elle l’a prouvé plus d’une fois, à travers les âges. Il y a lieu de garder un minimum d’optimisme. Les Evêques ont là, du pain sur la planche. Heureusement qu’ils ont Dieu, pour éclairer leurs pas, dans ce travail délicat.

LPM



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Kabila Tchisekedi dialogue incontournable

 
J. Kabila – E. Tshisekedi : dialogue incontournable
(Le Potentiel 08/03/2012)


Les observateurs nationaux avertis de même que les partenaires extérieurs sont convaincus des vertus du dialogue face à cette crise qui couve et ne dit pas encore son mot. Ils ont mis en marche la «diplomatie secrète» pour anticiper sur l’éventuelle impasse politique. La balle est désormais dans le camp de J. Kabila et E. Tshisekedi, deux personnalités majeures dont la rencontre ferait sauter le goulot d’étranglement.

La période postélectorale est difficile à gérer. Le contraire aurait surpris dans un contexte politique marqué par des contentieux électoraux et la non reconnaissance des résultats de dernières élections. S’il est vrai que la machine politique poursuit son chemin, le parcours est encore parsemé d’embûches. En témoigne cette situation tendue entre le président Joseph Kabila et Etienne Tshisekedi, leader de l’UDPS et candidat malheureux à la dernière présidentielle. Si le premier se conforte dans sa position après la proclamation des résultats par la CENI, confirmés par la Cour suprême de justice, le second rejette ces résultats et se considère comme président de la République.

Une situation qui a des effets d’entraînement au niveau de la nouvelle Assemblée nationale avec des pressions exercées sur les députés élus de l’Opposition. Particulièrement ceux de l’UDPS, menacés d’exclusion de leur parti, s’ils s’obstinaient à siéger au sein de l’Assemblée nationale. Quel que soit l’impact de cette décision, il s’agit d’un événement politique qui pourrait influer négativement sur la bonne marche de cette institution. Au-delà, sur tout le processus politique.

Entre-temps, les regards sont toujours braqués sur la Cour suprême de justice qui examine en ces moments les contentieux électoraux. Peu importe les verdicts de la Haute cour. Toujours est-il qu’il y aura des grincements des dents. Voire un jugement sévère, de part et d’autre, sur la crédibilité de cette juridiction dont les arrêts sont sans appel. Des conséquences politiques ne sont pas à exclure.

La nécessité d’un dialogue

Il y a des signes qui ne trompent pas. Aucune initiative exclusive n’apporterait une nouvelle sève en République démocratique du Congo. Seule une démarche inclusive ouvrirait une nouvelle ère d’opportunités porteuses d’espoir. Qu’on le veuille ou pas, la crise politique est là. Il serait dangereux et irresponsable de faire preuve de surdité et cécité politiques pour balayer d’un revers de la main cette évidence. Il ne faut donc pas se voiler la face.

Certes, les élections se conjuguent déjà au passé. Les résultats sont ce qu’ils sont après que toutes les parties, y compris la CENI et les partenaires extérieurs, ont reconnu qu’elles ont été entachées de graves irrégularités. A partir de ce constat, la classe politique est divisée, et le débat tourne autour de la légalité et de la légitimité. Mais entre-temps, le processus politique évolue avec la mise en place de nouvelles institutions nationales sans pour autant arrêter les contestations. Ce qui ne favorise nullement un climat de paix.

La crise politique actuelle dépend de l’attitude du président de la République Joseph Kabila Kabange et d’Etienne Tshisekedi, son désormais adversaire politique. Il est vrai qu’en pareille situation, le rapprochement de deux hommes pose de réels problèmes. Cela au vu de leurs positions diamétralement opposées. Joseph Kabila se fait fort de sa légalité, Etienne Tshisekedi demeure dans sa logique de «libération».

Et pourtant, des voix s’élèvent en faveur d’un terrain d’entente dans l’immédiat entre les deux protagonistes. Ce sont des «réalités politiques vivantes» qui incarnent la «vie politique nationale». D’où, rien ne saurait se faire sans eux. Il est important qu’ils conviennent de regarder dans la même direction, malgré leurs différences. Loin de nous l’idée d’amener les deux personnalités à se donner des accolades. Tant mieux si cela était possible dans l’intérêt supérieur de la Nation. Mais l’on doit éviter de «gouverner par défi» ou à «rendre ce pays ingouvernable» par une succession de manifestations qui feraient bel et bien le lit des ennemis de la RDC.

Pour éviter cette impasse politique, seul le dialogue s’avère le moyen le plus sûr pour une solution durable. C’est la panacée, voire la voie incontournable. A la seule condition de faire preuve de courage politique de part et d’autre.

La diplomatie secrète

Le plus urgent est d’amener les deux personnalités à trouver un «modus vivendi». Ou un «gentleman agreement». Ce qui est loin d’être une compromission. Au courage, il faut ajouter une attitude responsable. Dans le cas contraire, le pays sera donné en pâture ou voué aux gémonies, dès lors que les tenants de la thèse de l’éclatement de la RDC sont loin de désarmer. Le complot de la balkanisation est une réalité.

C’est ici que l’on salue la démarche des partenaires internes et externes visant à rapprocher les deux poids lourds de l’espace politique congolais. Le bloc occidental s’est déjà manifesté par cet entretien avec Etienne Tshisekedi lors de ce dîner politique offert par l’ambassadeur d’Allemagne en RDC. Au plan interne, l’activisme politique des évêques ne faiblit point. Fidèles à leur vocation de rassembler les Congolais, ils sont allés à l’écoute de Joseph Kabila Kabange, d’Etienne Tshisekedi (UDPS), de Vital Kamerhe (UNC). Ils ont échangé avec quelques proches collaborateurs de Léon Kengo wa Dondo (UFC).

Ces rencontres soulignent l’importance du dialogue. «Comme pasteurs vivant aux côtés de la population congolaise, il persiste un malaise au niveau social et politique qui engendre une frustration tant chez le peuple que chez les acteurs politiques de l’Opposition comme ceux de la Majorité. Cela est une source d’inquiétude. Dans cet esprit, nous avons tenu à rencontrer les principaux acteurs politiques pour nous mettre à l’écoute des uns et des autres afin de voir comment reconstruire ensemble notre pays dans la paix, la justice et la vérité», ont déclaré les évêques qui brandissent cette trilogie Paix-Justice - Vérité, pour l’émergence d’un Etat de droit, la fondation d’une Nation forte et solidaire.

Quant aux vertus fécondatrices du dialogue, Jules-Fontaine Sambwa, illustre gouverneur de la Banque centrale, le disait déjà à l’époque, «sont la tolérance et la fraternité. Elles permettent aux uns et aux autres de se côtoyer, de se connaître, voire de s’apprécier et pourquoi pas de se respecter mutuellement. Ces vertus représentent la base concrète à partir de laquelle on peut mobiliser le génie créateur congolais». C’est tout dire.


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LE SENEGAL FONCE DANS LE CHAOS - Le blog de acovig

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CRASH D'AVION DE L'AEROPORT DE KAVUMU


DU CRASH D’AVION DE L’AEROPORT DE KAVUMU (DES LECONS A TIRER)
(La Prospérité 07/03/2012)
Dix-sept ans, jour pour jour, se sont écoulés depuis que le Journal du changement « UMOJA » de l’inoubliable Léon MOUKANDA LUNYAMA (Paix à son âme), avait publié mon article ci-dessous, intitulé « Après l’éloignement brutal de NGUZ, la disparition de LENGEMA ou la confirmation de la grâce nécessitante du rapprochement MOBUTU-TSHISEKEDI ». Certes, beaucoup d’eau a coulé sous le pont, entretemps… ! L’Histoire étant, cependant, un éternel recommencement, la Rd-Congo se retrouve aujourd’hui, plongée dans une crise de légitimité quasi identique à celle des années 1990, avec, pratiquement, les mêmes acteurs principaux dont MONSENGWO, TSHISEKEDI, KENGO, l’Occident et ses agents régionaux… Joseph KABILA devient un élément nouveau du cercle. L’Histoire se répète, en effet, avec le ras-le-bol d’une population désabusée, devant les mêmes fléaux et autres épiphénomènes qui minent la société congolaise, tels que la pauvreté, la misère, le chômage, l’impunité, l’insécurité, l’injustice, la corruption, les détournements de deniers publics, les contrats léonins, l’enrichissement illicite, l’opulence et l’arrogance des dirigeants, les assassinats, les violations des droits de l’Homme, la mascarade et les scandales électoraux suivis des contestations des résultats aux conséquences imprévisibles en termes d’intolérance et de violence (cas d’agression de KENGO à Paris), les villes mortes, les marches pacifiques des chrétiens interdites par des vouvouzelateurs zélés (pratiquement les mêmes sous MOBUTU) et sauvagement réprimées à coups de gaz lacrymogène… Tout ceci, naturellement, avec comme socle, la préoccupation générale de savoir « comment nous en sortir ». Avec, comme intelligences, la volonté, la capacité et les moyens de prévenir le pire, notamment par le décryptage des « signaux » qui parlent en dépit de leur difficile perceptibilité pour nombreux d’entre nous. A l’instar de ce qui arriva en 1995, à la famille politique régnante de l’époque, les triomphalistes FPC (Forces politiques du Conclave), en plein processus de négociations avec une opposition USOR&Alliés (Union Sacrée de l’Opposition radicale & Alliés) divisée et visiblement affaiblie ; et dont les deux « autorités morales » NGUZ et LENGEMA furent rudement frappées d’empêchement définitif, présageant ainsi ce que fut la suite des événements, à savoir le coup de balai de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) quelques mois plus tard, la MP (Majorité présidentielle) au pouvoir, apparemment aussi anesthésiée, vient d’endurer l’ énigmatique crash d’avion du dimanche 12 février 2012 à l’aéroport de Kavumu/Bukavu. Un Jet privé qui transportait, entre autres, quatre (plus) proches collaborateurs du chef de l’Etat dont un ami et une relation personnels. Il en est de même, lorsque les stocks de munitions et autres explosifs de Mzee Laurent Kabila furent sabotés en 1999-2000 à l’aéroport de Ndjili et à Likasi. Un symbole aussi fort, parmi tant d’autres, qui annonçait l’ignoble assassinat du chef de l’Etat quelques mois plus tard. Insuffisamment informé, je me réserve encore d’établir une comparaison avec l’accident malheureux survenu avant-hier au Congo Brazza, à savoir la série d’explosions du stock de munitions (encore et toujours) dont les dégâts sont tout simplement dramatiques… C’est donc, encore une fois, sans ambages, dans un partage sincère de chagrin et de miséricorde avec les familles –biologique et sociologique- de l’illustre disparu Augustin KATUMBA MWANKE, comme celles des personnalités accidentées, que je republie ledit article, d’actualité, en recommandant une transposition intelligente et une transmutation réaliste des rôles. Etant entendu qu’en 1995, il était question d’un rapprochement MOBUTU-TSHISEKEDI après le cuisant échec de l’expérience « Troisième voie » de triste mémoire, tandis que l’interpellation du moment, en 2012, concerne plutôt Joseph KABILA et (le même) Etienne TSHISEKEDI. Etant entendu, en outre, que le contexte, entre les deux périodes, est quelque peu différent. La meilleure connexion au réseau de la faisabilité et du succès de la piste de solution en question ici, n’est possible que si, pour « l’Amour du Congo et de son Peuple » en priorité : *le chef de l’Etat évite de tomber dans la suffisance et l’orgueil autodestructeurs du défunt maréchal ; *le patriarche TSHISEKEDI tempère l’engourdissement de ses exigences, lequel, parfois, bloque la machine du dialogue et du compromis ; *les autres décideurs –la communauté internationale- comprennent, sans attendre compter d’autres morts parmi les Congolais, que le schéma de la cohabitation politique qui s’impose ici et maintenant en Rd-Congo, a porté ses fruits au Zimbabwe et au Kenya où, à quelques détails près, les mêmes conflits post électoraux se sont produits. Le crash de Kavumu, survenu en ce moment de controverses électorales, et pendant que les grandes manœuvres politiques s’opèrent dans l’hypocrisie et l’hésitation injustifiées, au pays comme à l’étranger, ne peut pas être considéré comme un signe de fatalité. Quel que soit son épithète, le décès du « Patron » de la MP, dans ces circonstances-là, comme le coup subi par les rescapés, proches du président, représente bel et bien un message divin, un signe des temps, un symbole. Le plus grand symbole même, de la série. Si pas encore le symbole de la fin de règne, mais tout au moins, celui d’un signe indien qui crie, avertit et interpelle toute la nation, et la famille politique au pouvoir en particulier. Je demeure convaincu que la conclusion de l’article ci-joint, fera réfléchir tous ceux, du pouvoir et de l’opposition, qui, pour des intérêts sordides et inavoués, s’opposeraient à cette voie/voix de la raison, car l’alerte est ici, une fois de plus, au rendez-vous : « A défaut, une autre solution existe, mais elle est une catastrophe parce que semblable à l’ouragan qui a secoué le peuple rwandais en 1994. Cette autre solution est malheureusement ou heureusement possible et envisageable ! »Posez la question de précision au Maître des temps et des circonstances (Dieu le Père), le seul à pouvoir vous dire quand, comment et dans quelles conditions ce genre de tempête surprend toutes les illusions et tranche, sans autre forme de recours. Très humblement, sans prétendre être un prophète, j’avoue qu’autant j’ai toujours su porter la bonne sonnette d’alarme, autant j’ai toujours cru que le pire, surtout en politique, doit et peut être évité grâce à un bon dosage des ardeurs des uns et des autres. A bon entendeur, garde à vous… Prosper NDUME PELE Nzogu

La Pros.



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discours de Lumumba 1960

DISCOURS DE L'INDÉPENDANCE



Date:1960 | 6 | 30                                                    Sélection et mise en page par l'équipe de Perspective Monde

Discours de Patrice Lumumba, premier ministre et ministre de la Défense nationale de la République du Congo, prononcé lors de la cérémonie de l'Indépendance à Léopoldville le 30 juin 1960. Lumumba sera renversé puis tué en janvier 1961.


« A vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos coeurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l'histoire glorieuse de notre lutte pour la libertés. Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd'hui dans l'entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d'égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c'est par la lutte qu'elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n'avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. C'est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l'humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force.

Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.

Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d'élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu'à un noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous » honorable était réservé aux seuls blancs ?

Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort, nous avons connu que la loi n'était jamais la même, selon qu'il s'agissait d'un blanc ou d'un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine Pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même. Nous avons connu qu'il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs : qu'un noir n'était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens, qu'un noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.

Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient pas se soumettre à un régime d'injustice ?

Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert, mais tout cela aussi, nous, que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre coeur de l'oppression colonialiste, nous vous le disons, tout cela est désormais fini.

La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants (?) ».


[Exposé de Patrice Lumumba, Congrès pour la Liberté et la Culture», Université d'Ibadan. 22 mars 1959. Texte extrait du livre "La pensée politique de Patrice Lumumba" éditions Présence Africaine 1963 ]

Je remercie le «Congrès pour la Liberté et la Culture» et l'Université d'Ibadan pour l'aimable invitation qu'ils ont bien voulu m'adresser pour assister à cette Conférence Internationale où l'on discute du sort de notre chère Afrique. C'est une satisfaction pour moi de rencontrer ici plusieurs Ministres Africains, des hommes de lettres, des syndicalistes, des journalistes et des personnalités internationales, qui s'intéressent aux problèmes de l'Afrique.

C'est par ces contacts d'homme à homme, par des rencontres de ce genre que les élites africaines pourront se connaître et se rapprocher afin de réaliser cette union qui est indispensable pour la consolidation de l'unité africaine.

En effet, l'unité africaine tant souhaitée aujourd'hui par tous ceux qui se soucient de l'avenir de ce continent, ne sera possible et ne pourra se réaliser que si les hommes politiques et les dirigeants de nos pays respectifs font preuve d'un esprit de solidarité, de concorde et de collaboration fraternelle dans la poursuite du bien commun de nos populations.

C'est pourquoi l'union de tous les patriotes est indispensable, surtout pendant cette période de lutte et de libération. Les aspirations des peuples colonisés et assujettis sont les mêmes; leur sort est également le même. D'autre part, les buts poursuivis par les mouvements nationalistes, dans n'importe quel territoire africain, sont aussi les mêmes. Ces buts, c'est la libération de l'Afrique du joug colonialiste.

Puisque nos objectifs sont les mêmes, nous atteindrons facilement et plus rapidement ceux-ci dans l'union plutôt que dans la division.

Ces divisions, sur lesquelles se sont toujours appuyées les puissances coloniales pour mieux asseoir leur domination, ont largement contribué -et elles contribuent encore -au suicide de l'Afrique.

Comment sortir de cette impasse '?

Pour moi, il n'y a qu'une voie. Cette voie, c'est le rassemblement de tous les Africains au sein des mouvements populaires ou des partis unifiés.

Toutes les tendances peuvent coexister au sein de ces partis de regroupement national et chacun aura son mot à dire tant dans la discussion des problèmes qui se posent au pays, qu'à la direction des affaires publiques.

Une véritable démocratie fonctionnera à l'intérieur de ces partis et chacun aura la satisfaction d'exprimer librement ses opinions.

Plus nous serons unis, mieux nous résisterons à l'oppression, à la corruption et aux manoeuvres de division auxquelles se livrent les spécialistes de la politique du « diviser pour régner» .

Ce souhait d'avoir dans nos jeunes pays des mouvements ou des partis unifiés ne doit pas être interprété comme une tendance au monopole politique ou à une certaine dictature. Nous sommes nous-mêmes contre le despotisme et la dictature.

Je veux attirer l'attention de tous qu'il est hautement sage de déjouer, dès le début, les manoeuvres possibles de ceux qui voudraient profiter de nos rivalités politiques apparentes pour nous opposer les uns aux autres et retarder ainsi notre libération du régime colonialiste.

L'expérience démontre que dans nos territoires africains, l'opposition que certains éléments créent au nom de la démocratie, n'est pas souvent inspirée par le souci du bien général; la recherche de la gloriole et des intérêts personnels en est le principal, si pas l'unique mobile.

Lorsque nous aurons acquis l'indépendance de nos pays et que nos institutions démocratiques seront stabilisées, c'est à ce moment là seulement que pourrait se justifier l'existence d'un régime politique pluraliste.

L'existence d'une opposition intelligente, dynamique et constructive est indispensable afin d'équilibrer la vie politique et administrative du gouvernement au pouvoir. Mais ce moment ne semble pas encore venu et ce serait desservir le pays que de diviser aujourd'hui nos efforts.

Tous nos compatriotes doivent savoir qu'ils ne serviront pas l'intérêt général du pays dans des divisions ou en favorisant celles-ci, ni non plus dans la balkanisation de nos pays en de petits états faibles.

Une fois le territoire national balkanisé, il serait difficile de réinstaurer l'unité nationale.

Préconiser l'unité africaine et détruire les bases mêmes de cette unité, n'est pas souhaiter l'unité africaine

Dans la lutte que nous menons pacifiquement aujourd'hui pour la conquête de notre indépendance, nous n'entendons pas chasser les Européens de ce continent ni nous accaparer de leurs biens ou les brimer. Nous ne sommes pas des pirates.

Nous avons au contraire, le respect des personnes et le sens du bien d'autrui. Notre seule détermination -et nous voudrions que l'on nous comprenne -est d'extirper le colonialisme et l'impérialisme de l' Afrique. Nous avons longtemps souffert et nous voulons respirer aujourd'hui l'air de la liberté. Le Créateur nous a donné cette portion de la terre qu'est le continent africain; elle nous appartient et nous en sommes les seuls maîtres. C'est notre droit de faire de ce continent un continent de la justice, du droit et de la paix.

L'Afrique toute entière est irrésistiblement engagée dans une lutte sans merci contre le colonialisme et l'impérialisme. Nous voulons dire adieu à ce régime d'assujetissement et d'abâtardissement qui nous a fait tant de tort. Un peuple qui en opprime un autre n'est pas un peuple civilisé et chrétien.

L'Occident doit libérer l' Afrique le plus rapidement possible. L'Occident doit faire aujourd'hui son examen de conscience et reconnaître à chaque territoire colonisé son droit à la liberté et à la dignité.

Si les gouvernements colonisateurs comprennent à temps nos aspirations, alors nous pactiserons avec eux, mais s'ils s'obstinent à considérer l' Afrique comme leur possession, nous serons obligés de considérer les colonisateurs comme ennemis de notre émancipation. Dans ces conditions, nous leur retirerons avec regret notre amitié.

Je me fais le devoir de remercier ici publiquement tous les Européens qui n'ont ménagé aucun effort pour aider nos populations à s'élever. L'humanité tout entière leur saura gré pour la magnifique oeuvre d'humanisation et d'émancipation qu'ils sont en train de réaliser dans certaines parties de l' Afrique.

Nous ne voulons pas nous séparer de l'Occident, car nous savons bien qu'aucun peuple au monde ne peut se suffire à lui même. Nous sommes partisans de l'amitié entre les races, mais l'Occident doit répondre à notre appel Les occidentaux doivent comprendre que l'amitié n'est pas possible dans les rapports de sujétion et de subordination.

Les troubles qui éclatent actuellement dans certains territoires africains et qui éclateront encore ne prendront fin que si les puissances administratives mettent fin au régime colonial. C'est la seule voie possible vers une paix et une amitié réelles entre les peuples africains et européens.

Nous avons impérieusement besoin de l'apport financier , technique et scientifique de l'Occident en vue du rapide développement économique et de la stabilisation de nos sociétés.

Mais les capitaux dont nos pays ont besoin doivent s'investir sous forme d'entraide entre les nations. Les gouvernements nationaux donneront toutes les garanties voulues à ces capitaux étrangers.

Les techniciens occidentaux auxquels nous faisons un pressant appel viendront en Afrique non pour nous dominer mais bien pour servir et aider nos pays. Les Européens doivent savoir et se pénétrer de cette idée que le mouvement de libération que nous menons aujourd'hui à travers toute l'Afrique, n'est pas dirigé contre eux, ni contre leurs biens, ni contre leur personne, mais simplement et uniquement, contre le régime d'exploitation et d'asservissement que nous ne voulons plus supporter. S'ils acceptent de mettre immédiatement fin à ce régime instauré par leurs prédécesseurs, nous vivrons avec eux en amis, en frères.

Un double effort doit être fait pour hâter l'industrialisation de nos régions et le développement économique du pays. Nous adressons un appel aux pays amis afin qu'ils nous envoient beaucoup de capitaux et de techniciens.

Le sort des travailleurs noirs doit aussi être sensiblement amélioré. Les salaires dont ils jouissent actuellement sont nettement insuffisants. Le paupérisme dans lequel vivent les classes laborieuses est à la base de beaucoup de conflits sociaux que l'on rencontre actuellement dans nos pays. A ce sujet, les syndicats ont un grand rôle à jouer, rôle de défenseurs et d'éducateurs. Il ne suffit pas seulement de revendiquer l'augmentation des salaires, mais il est aussi d'un grand intérêt d'éduquer les travailleurs afin qu'ils prennent conscience de leurs obligations professionnelles, civiques et sociales, et qu'ils aient également une juste notion de leurs droits.

Sur le plan culturel, les nouveaux états africains doivent faire un sérieux effort pour développer la culture africaine. Nous avons une culture propre, des valeurs morales et artistiques inestimables, un code de savoir-vivre et des modes de vie propres. Toutes ces beautés africaines doivent être développées et préservées avec jalousie. Nous prendrons dans la civilisation occidentale ce qui est bon et beau et rejetterons ce qui ne nous convient pas. Cet amalgame de civilisation africaine et européenne donnera à l'Afrique une civilisation d'un type nouveau, une civilisation authentique correspondant aux réalités africaines.

Des efforts sont aussi à faire pour la libération psychologique des populations. On constate chez beaucoup d'intellectuels, un certain conformisme dont on connaît les origines.

Ce conformisme provient des pressions morales et des mesures de représailles qu'on a souvent exercées sur les intellectuels noirs. Il suffisait de dire la vérité pour que l'on fut vite taxé de révolutionnaire dangereux, xénophobe, meneur, élément à surveiller, etc.

Ces manoeuvres d'intimidation et de corruption morale doivent prendre fin. Il nous faut de la véritable littérature et une presse libre dégageant l'opinion du peuple et non plus ces brochures de propagande et une presse muselée.

J'espère que le « Congrès pour la Liberté de la Culture nous aidera dans ce sens. Nous tendons une main fraternelle à l'Occident. qu'il nous donne aujourd'hui la preuve du principe de l'égalité et de l'amitié des races que ses fils nous ont toujours enseigné sur les bancs de l'école, principe inscrit en grands caractères dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Les Africains doivent jouir, au même titre que tous les autres citoyens de la famille humaine, des libertés fondamentales inscrites dans cette Déclaration et des droits proclamés dans la Charte des Nations Unies.

La période des monopoles des races est révolue.

La solidarité africaine doit se concrétiser aujourd'hui dans les faits et dans les actes. Nous devons former un bloc pour prouver au monde notre fraternité. Pour ce faire, je suggère que les gouvernements déjà indépendants apportent toute leur aide et appui aux pays non encore autochtones.

Pour favoriser les échanges culturels et le rapprochement entre les pays d'expression française et ceux d'expression anglaise, il faudrait rendre l'enseignement du français et de l'anglais obligatoire dans toutes les écoles d'Afrique. La connaissance de ces deux langues supprimera les difficultés de communication auxquelles se heurtent les Africains d'expression anglaise et ceux d'expression française lorsqu'ils se rencontrent.

C'est là un facteur important d'interpénétration.

Les barrières territoriales doivent aussi être supprimées dans le sens d'une libre circulation des Africains à l'intérieur des états africains.

Des bourses d'études seraient également à prévoir en faveur d'étudiants des territoires dépendants.

Je profite de l'occasion qui m'est offerte pour rendre publiquement hommage au Dr Kwamé Nkrumah et à M. Sékou Touré d'avoir réussi à libérer nos compatriotes du Ghana et de la Guinée.

L' Afrique ne sera vraiment libre et indépendante tant qu'une partie quelconque de ce continent restera sous la domination étrangère.

Je conclus mon intervention par ce vibrant appel : Africains, levons-nous !

Africains, unissons-nous !

Africains, marchons main dans la main avec ceux qui veulent nous aider pour faire de ce beau continent un continent de la liberté et de la justice.

Source: « Textes et Documents », no 123, Ministère des Affaires Étrangères, Bruxelles.