dimanche 27 janvier 2013

Comment s'était passé la bataille de GOMA ??

Comment j'ai vécu la chute de Goma et les questions qu'elle nous pose en RDC maintenant: Article de Ka mana
Professeur Kä Mana Godefroid.
 

Par Kä Mana
Pendant que la bataille de la prise de Goma faisait rage dans le fracas des canons, d'obus et des bombes incendiaires, j'étais assis au bord du lac Kivu et je lisais. Je lisais, je réfléchissais et je rêvais, comme si l'embrasement de la ville était, au-delà des bruits, des fureurs, des peurs et des souffrances, une ardente occasion de poser sur mon pays un certain regard de tendresse et de lucidité.

Un regard de tendresse, parce que je voyais sous mes yeux commencer un chemin de croix dont les stations pouvaient conduire à une nouvelle descente aux enfers, pour les populations, après l'enfer des guerres civiles de la décennie 1960, l'enfer de la dictature mobutiste des années 1970-1990, l'enfer du génocide rwandais dans ses effets boomerang au Congo, avec toutes les péripéties des carnages et des destructions qui ont fait de la RDC un véritable bateau ivre sur la mer houleuse du monde actuel. Ce pays meurtri qui est le mien, quand j'ai senti qu'il entrait dans une nouvelle période d'épreuve maléfique, ma tendresse à son égard a manifesté mon attachement à son être et ma volonté de le voir naître à la paix au lieu de se dissoudre dans une guerre qui me semble sans objet crédible ni enjeux impossibles à régler par un profond dialogue pour la paix entre tous ceux qui l'aiment et veulent lui construire une destinée de grandeur et de développement.

Un regard de lucidité, parce que la prise de Goma par les rebelles constituait pour moi un problème à penser, en vue de comprendre pourquoi il ne nous a pas été possible, à nous Congolaises et Congolais, de stopper l'engrenage de la violence et des malheurs. Comment en sommes-nous arrivés à cette catastrophe ? Qui l'a attisée et pourquoi assistons-nous, impuissants et ahuris, à l'effondrement de toutes nos espérances sans puiser en nous les énergies de notre sens de responsabilité ? Y a-t-il des virtualités positives dans nos malheurs et devons-nous considérer que le pays est condamné à une implacable absurdité ? Ces questions, personne ne peut y échapper et elles m'ont envahi petit à petit depuis que la chute de Goma devenait une sérieuse option pour le M23.


Une chute prévisible et prévue


Je savais depuis longtemps, dans l'analyse que nous faisions du contexte du Nord-Kivu en groupe d'experts et de chercheurs, que la ville de Goma serait rapidement attaquée après la fermeture de la frontière de Bunagana, entre l'Ouganda et la RDC. Alors que les autorités de Kinshasa croyaient absurdement que la fermeture de cette frontière était le signe de la bonne volonté du pouvoir ougandais à l'égard du Congo, nous savions, nous, qu'une telle décision n'aurait pour conséquence, du côté du M23, que de précipiter un coup de force dont Goma serait la cible. C'était une question de crédibilité pour le mouvement et un problème de survie, Bunagana étant un levier économique névralgique pour la rébellion. La désastreuse décision des Nations-Unies de prendre des sanctions drastiques contre les autorités du M23, au lieu d'ouvrir une perspective de négociations sereines et d'une discussion globale sur les problèmes qui ont conduit à la guerre, constituait d'emblée une provocation absurde, une chiquenaude et un coup d'envoi inévitable pour les rebelles de commencer une marche sur la capitale du Nord-Kivu et de persévérer vers le Sud-Kivu, si le champ des combats leur était favorable. Il leur fallait tenter le tout pour le tout afin de montrer leurs capacités réelles d'action aux yeux du monde entier. Au lieu de subir les événements et d'attendre, sans réagir, l'escalade des décisions des instances internationales dont le tribunal de La Haye est devenu maintenant le point de chute pour les criminels politiques africains, il fallait forcer le destin et provoquer les négociations en mettant en lumière les faiblesses de l'armée congolaise et du pouvoir de Kinshasa. Une action d'éclat, bien montée, bien conduite et artistiquement modulée du point de vue militaire était le seul choix possible. Elle était d'autant plus urgente que le pouvoir de Kinshasa, dans son aveuglement suicidaire devant la demande des négociations directes avec le M23 et dans son erreur d'analyse qui voit dans la rébellion rien qu'une fiction derrière laquelle se cache le Rwanda, ouvrait lui-même le boulevard devant les militaires de l'ARC. Une force plus aguerrie, plus expérimentée, plus cohérente et plus intelligente que l'armée congolaise brouillonne, tribalisée, démotivée, mal encadrée, sans aucune réelle volonté de vaincre et en fin de compte inexistante comme force de frappe et dynamique de défense. Lorsque le gouverneur de la région du Kivu Nord se mit, le 13 novembre 2012, à déverser sur la ville un discours de haine ethnique contre les Tutsi et les Rwandais, nous sûmes que la bataille de Goma n'était qu'une question d'heures. Tous les ingrédients pour une déflagration de grande envergure étaient là.
 
Avec Kundera, au bord du lac

Malgré toutes ces menaces et tous ces nuages au-dessus de Goma, j'avais décidé de passer tranquillement le week-end sur l'île d'Idjwi. Je m'y suis rendu pour lire calmement La Plaisanterie, un roman de Milan Kundera que je voulais méditer en toute tranquillité, dans un cadre de rêve et de concentration que représente pour moi cette île douce et radieuse, magnifiquement irriguée par le lac Kivu et irradiée par un délicieux soleil qui donne à l'esprit toutes les possibilités de fantaisies pathétiques et fructueuses.

Je me suis retiré dans Idjwi parce que j'avais encore l'espoir qu'une solution de dernière minute interviendrait et que Goma serait épargnée. J'imaginais naïvement, comme les autorités de Kinshasa d'ailleurs, qu'avec son gigantesque contingent d'agents et de militaires de la Monusco, la ville disposait d'une marge de chance pour échapper aux foudres d'une guerre à l'intérieur même de ses quartiers. C'était une erreur. J'allais l'apprendre vite, dans les deux jours à venir.

En effet, j'avais à peine entamé la lecture du roman lorsqu'un coup de fil alarmé d'un ami de Goma me fit comprendre que les perspectives étaient sombres et que la ville allait sans doute, d'un moment à l'autre, tomber entre les mains des rebelles.

- Que fait la Monusco ? demandais-je, le livre de Kundera entre mes mains.
- Tu ferais mieux de rentrer vite et d'attendre que tout s'achève, me répondit l'ami, d'un ton ferme.

Je me suis ainsi retrouvé dimanche à Goma, dans l'atmosphère d'une ville en effervescence. J'appris que beaucoup d'expatriés s'étaient déjà rués vers Gisenyi au Rwanda et qu'une bataille décisive pour la conquête de la ville était déjà engagée.
Tout au long de ce dimanche et au cours de toutes les journées de lundi et mardi, apogée de la fureur guerrière autour de Goma et dans la ville même, je me suis placé au bord du lac. Je lisais, je réfléchissais et je rêvais, l'œil, le cœur et l'esprit plongés de nouveau dans ma lecture de Kundera. J'entendais au loin les rafales et les tonnerres des obus, dans un incroyable contraste avec l'ondoiement du lac, le calme des îles devant mes yeux et la sereine majesté des collines et des montagnes dont j'appréciais la séduisante immobilité. La ville en guerre m'horripilait. Je souffrais des malheurs des populations condamnées à la peur, aux craintes et aux tremblements que provoque la folie des armes et je cherchais en esprit une communion de tendresse avec l'horizon paisible et magnifique de verdure qui était devant moi, dans une passionnante poésie qui m'exaltait et me renvoyait à la poésie de l'écriture de Kundera ainsi qu'à l'histoire que racontait le livre, celle du peuple de Tchécoslovaquie broyée par un régime communiste après la révolution rouge de 1948.

Plus les heures avançaient, plus je recevais des appels téléphoniques inquiets de la part des amis, des frères et des sœurs de Kinshasa, du Cameroun, de Centrafrique et d'Europe. Ils voulaient tous et toutes savoir de mes nouvelles dans le brasier de Goma.

 Quel brasier ? demandai-je à l'un d'eux.
 
- Nous suivons la situation sur RFI et sur France 24. Les images sont affreuses. Où es-tu toi ? Nous espérons que tu es sorti de la ville.

Je répondis posément :
Je suis à Goma, au bord du lac Kivu et je lis Milan Kundera. C'est une activité beaucoup plus sérieuse et beaucoup plus enrichissante que d'avoir peur d'une guerre absurde qui s'achèvera bientôt par la fuite de l'armée gouvernementale et la prise de Goma par le M23.

Je ne croyais pas si bien dire. Un sms m'apprit que la ville était prise par le M23 et que le calme était revenu.

Une de mes étudiantes de l'Université Libre des pays des Grands Lacs, véritablement catastrophée, m'adressa un autre sms :


Elle : Professeur, la ville est tombée.

Moi : Dans quoi ?
Elle : Professeur, les Rwandais ont pris Goma !
Moi : Pourquoi en faire ?
Elle : C'est un plan monté depuis longtemps.
Moi : Par qui ?
Elle : Par les Rwandais ?
Moi : Et qu'est-ce que le M23 a à voir là-dedans ?
Elle : Ce sont des Rwandais.
Elle : Je les ai vus, ils ont la forme des Rwandais.
Moi : la forme !
Elle : Oui, professeur ?
Moi : je pensais moi que la nationalité était une question non pas de forme, mais de fond ?
Elle : Non, monsieur.


Elle n'a pas saisi l'humour, sans doute parce qu'elle était trop paniquée pour réfléchir sérieusement à la situation.
En revanche, un ami de Kinshasa a tout de suite, lui, versé dans l'humour pour me déstresser. Son sms m'a tout de suite fait rire.

Lui : Tu es déjà mort ?
Moi : Je suis vivant et fier de l'être.
Lui : Pour combien de temps encore ?
Moi : deux éternités et mille ans.
Devant ma réponse à son humour, il passa au registre plus sérieux :
Lui : Parlons plus sérieusement, où es-tu ?
Moi : Au bord du lac Kivu, en train de lire La Plaisanterie, un roman de Milan Kundera.
Lui : Mais pourquoi tu es au bord du lac en pleine bataille.
Moi : Elle est déjà finie la bataille. Le M23 a pris la ville.
Lui : Tu soutenais qui toi ?
Moi : Ce n'est pas un match de football.
Lui : De quel côté tu te trouves dans tes sympathies politiques, côté rebelles ou côté gouvernement ?
Moi : Au-dessus, pour mieux voir les deux côtés, et en-dessous pour mieux les analyser.
Lui : Ce n'est pas possible, il faut choisir.
Moi : Selon quels critères ?
Lui : le choix est entre les agresseurs et la nation.
Moi : Je préfère l'ondoiement su lac Kivu et le beau ciel au dessus de ma tête.
Lui : Sois sérieux, pour une fois.
Moi : Alors, je préfère que soient posés les vrais problèmes du peuple congolais et que soient ouvertes les vraies perspectives pour les solutions sérieuses.
Lui : Quels problèmes ?
Moi : j'ai rencontré des intellectuels congolais, experts en développement qui m'ont dit qu'ils faut commencer comme avait commencé la Zambie, avec deux autoroutes, Nord-Sud et Est-Ouest, avec beaucoup d'axes partout dans le pays, qui rejoignent ces deux autoroutes. C'est, à leurs yeux, la question primordiale, et elle n'est pas au-dessus de nos forces.
Lui : Ah Bon !

Moi : A Goma comme dans toutes les villes, les populations veulent l'eau, l'électricité, les hôpitaux et les écoles, et pas la guerre avec son flot de morts et de blessés. Ni les rebelles ni le gouvernement n'offrent cela au pays. Qui parmi eux à ces problèmes en tête maintenant ?

Nous continuâmes l'échange sur des sujets plus personnels avant que je ne conclue par lui dire : le problème, c'est Kinshasa et sa gestion catastrophique d'une crise qui aurait pu être gérée avec plus de sagesse et d'intelligence.

Du Cameroun, un ami, philosophe comme moi s'enquit de mes nouvelles au téléphone et voulut savoir ce qui se passait. Je lui fis rapidement le topo de la situation et il me posa la question qui le tracassait depuis longtemps.
Lui : Quelle est la cause de tout cela ? demanda-t-il ?
Moi : Le vide de pensée, répondis-je.
Il ne semblait pas comprendre.
Lui : Quelle pensée ? me relança-t-il
Moi : L'audace d'utiliser la matière grise pour résoudre les problèmes.
Lui : Tu penses que les belligérants n'utilisent pas la matière grise ?
Moi : Kinshasa n'a pas fait montre d'une grande capacité d'utiliser la matière grise tout au long de sa gestion de la crise provoquée par le M23.
Lui : Et le M23 ?
Moi : Prendre les armes est toujours un échec de la matière grise. L'horreur infligée aux populations est une défaite pour la pensée. La confiance dans la violence est toujours un déficit d'intelligence.
Lui : Quelle est la solution alors ?
Moi : Penser, dialoguer, poser les vraies questions et donner un grand destin à son pays en s'intégrant dans un vaste espace de promotion des intérêts de tous ses voisins. Un jour ou l'autre, on comprendra que cette voie de l'intelligence est la vraie voie de sagesse.
Lui : Tu parles en philosophe, eux sont des politiciens et des militaires.
Moi : Une dose de philosophie pourra les ouvrir au sens de la rationalité et des valeurs.


Après ce coup de fil, j'eus un long répit pour rêver un peu. Je regardais le lac comme s'il était un mystère de paix au premier matin de la création du monde. Il était la poésie de Dieu et la beauté de son esthétique spirituelle. Je ne comprenais pas ce que la guerre venait faire quand Dieu nous a placés dans un monde où vibrent des merveilles comme ce beau lac devant mes yeux. Je respirais la joie de vivre, abondamment, de tout mon être.

Le récit du livre de la Genèse me revint à l'esprit : un paradis, deux êtres humains et la possibilité du mal dans un merveilleux paysage.

Je me dis : " Rien n'a changé depuis la fondation du monde. Le potentiel d'iniquité est au cœur même de la création et il faut un vrai combat spirituel pour faire de l'homme un vrai responsable de son paradis. Nous avons perdu cette bataille de notre responsabilité en RDC. "

Un sms me tira de mon rêve et de mon constat triste. C'était une de mes étudiantes, très fortement ancrée dans la culture religieuse, qui m'écrivait :

" Monsieur, priez sans cesse. "
Ma pensée se tourna vers le ciel et j'adressai à Dieu la grande prière de l'Eglise reçue de Jésus-Christ: le Notre Père.

Une immense paix m'envahit alors et je repris la prière du Missel catholique que je reprends toujours pour clore le Notre Père :

" Délivre-nous du mal, Seigneur et donne la paix à notre temps. Par ta miséricorde, libère-nous du péché. Rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l'avènement de Jésus-Christ, notre Seigneur. Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire aux siècles des siècles. "


Je ne me souviens pas avoir prié avec une telle intensité et une telle profondeur cette grande prière de l'Eglise. Elle me plongeait dans la communion des saints et m'ouvrait à une nouvelle espérance pour mon pays.
Le cœur empli de vibrations paisibles, je pus achever en toute quiétude la lecture du roman de Kundera et méditer en moi les immenses signaux de pensée et de beauté que le romancier tchèque allumait dans tout mon être.
Et c'est à ce moment-là que je saisis le lien entre ma lecture du romancier tchèque et les événements qui venaient de s'achever par la déroute des FARDC à Goma.
Les enjeux d'une bataille
Dans La Plaisanterie, le personnage principal, Ludvik, est pris dans la tourmente du système communiste de son pays après une simple plaisanterie sur ce système qu'il dénigrait dans une carte postale à une de ses amies. Dès que les membres du Parti, des étudiants comme lui, prennent connaissance du contenu de cette plaisanterie, tout s'emballe : exclusion de Ludvik du parti, son exclusion de l'université, son enrôlement pour un travail dans les mines, sa descente aux enfers d'une société complètement noyautée par un système politique sans pitié. Dans cette société, même une simple plaisanterie peut avoir des conséquences sociales incalculables, qui mènent à une implacable destruction de la personnalité.

Lorsque le M23, tout au début du mouvement, a réclamé des négociations directes avec les autorités de Kinshasa, celles-ci ont répondu par un " Niet " retentissant et irrévocable.

A un ami qui me parlait de ce " Niet ", j'ai affirmé :

- C'est une plaisanterie de mauvais goût. Kinshasa finira par négocier.

Il me demanda :

- Pourquoi dis-tu cela ?

Ma réponse :

- Parce que le Chef de l'Etat sait qu'il blague et il ne peut pas ignorer que l'on ne doit pas blaguer avec l'Histoire, lorsqu'on fait de la politique et qu'on a entre ses propres mains le destin de tout un peuple.

Malheureusement, la plaisanterie du refus des négociations directes a continué et on voit aujourd'hui à quelle œuvre de destruction elle a abouti : Goma est entre les mains du M23, le pouvoir de Kinshasa a perdu la face, le président congolais n'a plus aucune crédibilité ni devant son peuple, ni devant les forces politiques de sa nation, ni devant ses militaires, ni devant la communauté internationale. Ni même devant Dieu, j'imagine.

Je me suis toujours demandé pourquoi cette plaisanterie du refus de la négociation avec les rebelles s'est incrustée dans l'esprit du pouvoir de Kinshasa. A la réflexion, j'ai compris qu'elle s'enracinait dans l'art des fausses analyses et de la paresse de l'intelligence dans notre pays.

C'était une mauvaise analyse de la situation que de se concentrer sur le Rwanda et de faire peser sur ses épaules tout le joug de nos propres incompétences et de nos propres turpitudes politiques congolaises. Quand bien même les autorités de Kigali auraient été des soutiens des rebelles, il aurait été plus intelligent de mettre deux fers au feu et de négocier directement et avec le Rwanda et avec le M23. Kinshasa a minimisé le poids de ce mouvement, a méprisé son pouvoir et s'est comporté avec arrogance face aux revendications légitimes concernant les accords signés et trahis. Cette erreur d'appréciation et d'aiguillage a rendu infécond tout contact avec le Rwanda et a opacifié l'horizon d'une solution viable au problème de la guerre du M23. En plus, on ne peut pas vouloir négocier avec le Rwanda tout en le vouant aux gémonies à l'échelle internationale : avec des demandes tonitruantes des sanctions, des déclarations tapageuses sur les chaînes des radios et de télévision partout dans le monde et avec des attitudes insultantes dans les instances internationales. Quand on se lance sur cette voie sans se rendre compte que l'image du Rwanda est meilleure au plan international que celle de la RDC, on fait montre d'un manque d'intelligence politique et de sens diplomatique. Tout le monde sait que le Rwanda donne l'image d'un pays organisé et responsable tandis que la RDC est un pitoyable chaos. En s'attaquant au Rwanda au plan international sans gagner avant tout la bataille d'image, la RDC s'est rendue ridicule et a permis au pouvoir rwandais, en contraste, d'apparaître comme digne de confiance grâce à ses réussites économiques, à son soutien militaire aux Nations Unies et à sa diplomatie toujours prompte à défendre les intérêts vitaux du pays. Pas étonnant que le Rwanda soit élu triomphalement comme membre non permanent du Conseil de Sécurité, malgré les plaintes orageuses du pouvoir de Kinshasa. Pas étonnant que les instances internationales se montrent toujours molles dans leur discours de récrimination contre Kigali quand la RDC s'attend à plus de fermeté et de vigueur.

Kinshasa s'est enfermé dans la plaisanterie de mauvais goût parce qu'il a fait de l'art des fausses analyses une vraie marque déposée. Non seulement son tropisme sur le Rwanda était une erreur d'aiguillage par rapport à la vraie cible que sont les rebelles du M23, mais il s'est donné comme cadre de solution un schéma douteux à quatre volets : volet militaire, volet diplomatique, volet politique et volet de conjugaison des trois premiers. La formule était une belle réussite littéraire et rhétorique mais elle ne pouvait mener nulle part.

Chacun de ces quatre piliers est bancal et sans vrai contenu. On ne s'engage pas dans la voie de la guerre quand on n'a pas une armée. On ne s'engage pas dans la voie des rapports de force politiques sans légitimité réelle face à son propre peuple. On ne s'engage pas dans la voie diplomatique quand on n'a pas une image de marque publiquement défendable. Et on ne conjugue pas de tels handicaps pour gagner la bataille contre un ennemi plus futé et mieux organisé que soi.

Dans la plaisanterie congolaise contre les négociations directes avec le M23, il y avait aussi une confiance naïve dans le soutien des organisations internationales comme la Monusco. Avec la chute de Goma, il est devenu clair qu'aucun soutien international ne peut remplacer le débat inter-congolais. Il est devenu clair également que le parapluie de la Monusco est un leurre et que le Congo ne peut compter que sur lui-même et sur sa capacité de résoudre son problème par le dialogue et non par la guerre. Ce retour à nous-mêmes, que le président Kabila vient de découvrir un peu tard, après de longs mois perdus dans la fanfaronnade et les " Vimba " politiciens stériles, devrait conduire à penser l'avenir en termes de paix.

Penser l'avenir en termes de paix, si je me refère à Kundera dans son roman la Plaisanterie, c'est, en fait, s'engager dans une réflexion de fond sur ce qu'il y a lieu de faire pour le bonheur du peuple et des populations.

On peut faire cela à la lumière des systèmes totalitaires comme celui de la Tchécoslovaquie communiste. Dans ce miroir des systèmes totalitaires et de la manière dont les pouvoirs africains s'en inspirent constamment, nous avons une certaine idée de l'homme et de la société. L'image des peuples dominés et écrasés qui finissent, dans la volonté des plus intrépides et des plus déterminés de leurs représentants, par casser les chaînes de l'esclavage pour ouvrir les horizons d'une liberté profondément créatrice. En même temps, cette liberté créatrice se trouve toujours confrontée aux pathologies des dérives qui l'aliènent à de nouvelles menaces de dictature, avec une constance tellement inquiétante qu'on en arrive à penser que pour être libre, il faut faire de la valeur même de la liberté un instrument de lutte permanente. Une force lancinante de vigilance. Une énergie d'organisation sans négligence. Au nom d'une certaine vision de la destinée humaine, qui refuse toute vie courbée et travaille à construire inlassablement la stature éthique de l'homme debout face à tous les orages des despotismes.

Les dissidents soviétiques comme les dissidents tchèques ont marqué le 20ème siècle par leur foi en cette vision de l'homme libre et par leur pratique de contestation et de révolte contre les pouvoirs oppressifs, envers et contre tout. Même s'ils n'ont pas créé le paradis sur terre, ces dissidents ont sauvé l'honneur de l'Homme, l'image de l'humanité en une période où la majorité des gens ont courbé l'échine et se sont accoutumés à l'esclavage pour des raisons multiples, depuis celles de sauver leur vie en danger jusqu'à celle de ne pas se sentir appelés à porter tout le fardeau du monde.

J'ai lu La Plaisanterie de Kundera comme un message de liberté en pleine bataille de la prise de Goma.

Cette liberté, je ne la voyais pas dans l'ordre politique congolais actuel, encore moins dans l'option militaire faite par le M23. D'un côté comme de l'autre, je sentais qu'un même système de fausse démocratie et de fausse libération fonctionnait. Avec des acteurs qui s'affrontent pour des intérêts économiques d'où le peuple congolais dans son ensemble est exclu. Aux yeux de ce peuple, la guerre de Goma ne pouvait être qu'une absurdité totale : elle ne résout aucun de nos problèmes de fond, même si elle a mis dans nos consciences un désir de liberté à relancer et un goût de la grandeur à conquérir.

Dans cette guerre, je n'ai pas entendu les forces du M23 lier expressément et de manière crédible leur lutte à la volonté de liberté. Je n'ai pas entendu qu'elles avaient un projet de libération par rapport à un système politique national dont tout le monde sait pourtant qu'il est une dictature du vide : vide d'Etat, vide de gouvernance, vide de projet et vide de volonté novatrice. A force de se concentrer sur des revendications de négociation avec le pouvoir en place à Kinshasa, le M23 a fini par donner l'impression de n'être qu'un élément de ce paysage du vide. D'où un certain sentiment de déception et d'indifférence que sa lutte laisse dans les ambitions des Congolaises et des Congolais qui voulaient un changement de fond, un ordre de liberté vitale réellement féconde par rapport à la dictature du vide qui sévit dans le pays aujourd'hui.

Avec la chute de Goma, si le M23 veut apparaître comme un mouvement crédible, il devra abandonner l'option armée pour s'engager sur la voie de la liberté pour un peuple qui en a assez de la dictature actuelle du vide. Il devra se battre pour un nouvel ordre politique discuté avec l'ensemble des forces vives du pays, ainsi que l'a proposé avec raison Vital Kamerhe. A mon sens, les obus et les mitraillettes de Goma n'auront un sens que s'ils n'ont été qu'un prélude à cette nouvelle ambition que le M23, s'il veut être pris au sérieux, doit incarner. Cela exige :

- une perspective vraiment nationale qui casse avec l'impression de mouvement rwando-ethnique que les membres du M23 donnent aux Congolais actuellement ;
- un discours clair de rupture avec les pratiques du vide qui caractérisent le Congo aujourd'hui ;
- des initiatives urgentes de mise du pays sur les rails en matière d'infrastructures, d'éducation, de santé et de dignité.

Plus fondamentalement encore, il convient, pour ce mouvement rebelle, de proposer au pays une idéologie de la liberté créatrice et du changement de l'imaginaire congolais. Une mobilisation du génie inventif du peuple dans toutes ses richesses, dans un espace de paix d'où sera éradiqué le mal congolais dans ses symptômes les plus visibles : la corruption, la décomposition morale, l'impunité, la désorganisation, le défaitisme, le fatalisme et le pessimisme.

La perspective qu'ouvrirait une telle vision du Congo par les Congolais n'en sera que plus fertile : elle ferait de la liberté individuelle et de la liberté nationale le ferment d'une nouvelle société, loin du sentiment d'humiliation que beaucoup de Congolais éprouvent aujourd'hui, comme s'ils croyaient tous que le Rwanda vient de s'emparer du Kivu et que les mythiques et fictifs accords de Lemera venaient de s'accomplir. Ce qui est absolument faux dans le bégaiement actuel de notre histoire congolaise.

Si le M23 prend cette direction d'une révolution de la liberté créatrice, du génie inventif congolais et de la libération de l'imaginaire national dans des synergies nouvelles avec toutes les forces congolaises du changement ; s'il cesse de s'enfermer dans la recherche des négociations qui se réduisent à l'application des accords du CNDP avec le gouvernement, il prendra une dimension plus consistante et pourra aider la nation à croire en l'avenir. Il sera alors une chance pour le pays et il pourra avoir la confiance des citoyens et des citoyennes, pour la construction du nouveau Congo.

Pour le moment, nous n'en sommes pas là. Les préjugés anti-rwandais travaillent le fond de l'imaginaire congolais. Le poids de l'histoire depuis l'AFDL jusqu'au M23 en passant par le RCD et le CNDP pèse encore sur les esprits. Les identités meurtrières empêchent de lire la rébellion du M23 autrement que comme la danse du déjà-vu.

A Goma, tout le monde attend de voir si cette perspective est fausse et si le mouvement rebelle a une vision, un plan, une philosophie nouvelle et une stratégie de paix et de développement pour le pays.

De ce point de vue, la vraie bataille de Goma vient de commencer. Elle sera plus difficile à gagner par le M23 que celle contre les FARDC, une armée fantomatique dans un pays sans Etat ni gouvernance.

Un peuple humilié est un fauve. Et le peuple congolais l'est actuellement. De manière cruelle.
Kä Mana
Président de Pole Institute
 
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Nous ne pouvons, en toute bonne conscience, obéir à une injonction qui est en soit injuste, anti-démocratique et un usage inconstitutionnel de la procédure judiciaire. Une injustice quelque part est une menace à la justice partout ailleurs. Toute injustice qui affecte directement un individu, affecte indirectement tout le monde. (The autobiography of Martin Luther King, Jr. pp. 181, 189).





From: nzogu baudouin <baldenzo@yahoo.com>
To: Mastaki <buinja@yahoo.com>
Sent: Sunday, December 2, 2012 2:22:11 PM
Subject: COMMENT J'AI VECU LA CHUTE DE GOMA ( KA MANA)?


Frère aîné Mastaki, bonsoir !


J'ai beaucoup apprécié votre réponse au compatriote Mukebayi qui voit de la clairvoyance et même un esprit prophétique dans l'option de Vital Kamerhe d'en avoir appelé à des négociations directes avec le M23.

Toutefois, je vous envoie cet autre point de vue, si vous ne l'avez pas encore reçu, pour que vous vous fassiez une idée de l'analyse du prof Kâ MANA sur la chute de Goma où il enseigne, et de la situation actuelle de la RDC
Il en va de soi que j'attends avec impatience votre réaction sur son analyse, et sur les propositions qu'il fait au M23 pour la conquête de sa crédibilité.

Bonne lecture et bonne fin de wek-end !
Surtout bonne réflexion pour votre réponse objective et eclairante, comme vous en avez l'habitude, à l'analyse et aux propositions de ce compatriote philosophe !

Baudouin NZOGHU

Agenda rwandais caché... Un État fédéral en RDCongo

De: Dieudonné-S. CHIRISHUNGU CHIZA C. C. <gerta.holdings@yahoo.fr>Objet: Enjeux de la guerre à l'Est de la RDCongo, la partition du pays au profit du Rwanda

Une communication d’un membre du Groupe d’Experts de l’ONU sur le M23
 
L’agenda caché du Rwanda : un Etat fédéral en RD Congo !
C’est depuis la Table Ronde Politique de Bruxelles en 1959 que la question du fédéralisme avait fait l’objet des débats parfois houleux entre les acteurs politiques de ce pays. L’une des raisons profondes de la crise politique qui a conduit à l’assassinat de Patrice LUMUMBA, c’est avant tout le conflit entre les unitaristes et les fédéralistes.
 
Les débats vont se poursuivre jusqu’à la Conférence Constitutionnelle de Luluabourg en 1964 qui aboutit à l’élaboration de la toute première constitution de type fédéral. Même si une année après les élections qui ont vu les fédéralistes regroupés autour du cartel TSHOMBISTE l’emporter haut la main, Joseph MOBUTU va prendre le pouvoir par un coup d’Etat militaire pour consolider l’esprit de l’unité national et le nationalisme fortement ébranlé par la rébellion muleliste et la guerre de sécession.
La conférence Nationale Souveraine a aussi retenu l’émergence d’un Etat Fédéral comme l’unique solution politique pour rapprocher le gouverné du gouvernant au regard de l’immensité du territoire aux dimensions continentales qu’est la RDC. Les négociations politiques inter congolaises de Sun City sont abondamment revenu sur cette solution avec force détails.
 
Prétendre aujourd’hui que Kigali considère comme solution à la crise de l’Est l’émergence d’un Etat fédéral à l’Est du Congo constitue une mauvaise lecture des faits historiques vérifiables et vérifiés par les multiples rapports des experts indépendants de l’ONU. Les observateurs de la scène politiques des pays des Grands lacs sont convaincus que les agissements des autorités rwandaises rappellent ceux posés il y a plus de soixante ans par un certain Adolph HITLER avec sa théorie de l’espace vital qui a été le fondement de son livre « Mein Kampf ».
 
Caractérisé par l’invasion suivie de l’annexion des Etats comme la Pologne, l’Autriche, la Tchécoslovaquie, et plus tard la France, la Belgique et les Pays Bas. Et quand l’on sait que c’est ce livre qui fut à la base de la deuxième guerre mondiale, il y a de quoi revoir sa copie.
 
Comme l’on dit, le criminel revient toujours sur les lieux du crime.
 
Suite au tapage quotidien du prétexte sempiternel du génocide rwandais, l’opinion n’avait pas réalisé que les différentes guerres menées par le Rwanda, notamment celle de l’AFDL, du RCD, du CNDP et aujourd’hui du M23 n’avaient pour but que d’assouvir les ambitions hégémoniques des autorités rwandaises de mettre la main sur les richesses de l’Est de la RDC en prônant l’émergence d’un Etat Fédéral pour le rattacher au Rwanda à la suite d’un référendum d’autodétermination.
 
L’auteur de ce texte devrait revoir sa copie en y intégrant ces éléments historiques précieux car ce rêve des autorités rwandaises sont irréalisables au moment où pour le Mali, la France est intervenue militairement pour stopper l’avancée des terroristes djihadistes.
 
La crise dévastatrice en RD Congo, Monsieur le Président Ros-Lehtinen, le membre le plus haut placé Basse, et les membres du Sous-comité sur l’Afrique, la santé mondiale et Droits de l’Homme:
 
Je vous remercie pour cette invitation à témoigner à cette audience sur la crise actuelle dans l’Est de la RD Congo.
 
Je travaille sur l’est du Congo depuis plus de huit ans, dont les trois dernières années en tant que membre du Groupe des Experts des Nations Unies sur la RDC. Auparavant, j’ai travaillé avec des organisations humanitaires, des instituts de recherche et des fondations, ainsi que la Mission des Nations Unies en RDC.
 
Le Mandat 2012 du Groupe d’experts a récemment expiré le 30 Novembre, au cours duquel j’ai servi comme coordonnateur de notre équipe de six membres en vertu de la résolution 2021. En tant que tel, je ne suis plus affilié à l’Organisation des Nations Unies et les points de vue que je partage aujourd’hui ne reflètent pas ceux de l’organisation ou du groupe d’experts, mais plutôt strictement mes points de vue personnels, actuellement, en tant qu’observateur indépendant.
 
Le Groupe d’experts est un organe de sécurité mandaté par le Conseil [de sécurité], qui rend compte au Comité des sanctions du Conseil. Son rôle est d’enquêter, documenter et informer le Comité des sanctions des Nations Unies sur les violations de l’embargo des armes et les acteurs non étatiques en RDC ainsi que les questions connexes telles que le commerce illicite des ressources naturelles et les violations graves du droit international, y compris le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats.
 
Le Groupe fournit également au Comité des sanctions une liste confidentielle des noms et des entités à prendre en considération des sanctions ciblées sur la base de critères spécifiques découlant de l’embargo sur les armes. Le Groupe est également chargé du suivi de la mise en oeuvre des mesures imposées par les sanctions ciblées, notamment un gel des avoirs et une interdiction de voyager pour les personnes et entités désignées.
 
En tant que purement apolitique, indépendant, mécanisme d’établissement des faits de l’Organisation des Nations Unies, le Groupe d’experts cherche à éviter l’analyse des motivations ou les causes des violations des embargos sur les armes et le financement des groupes armés qu’il documente.
Cependant, aujourd’hui, après m’être écarté de l’ONU, en plus de résumer nos principales constatations de cette année, en mon nom personnel, je voudrais partager ma compréhension des facteurs probables de la participation du gouvernement du Rwanda dans ce conflit et par la suite examiner plusieurs implications pour la quête actuelle d’une solution politique à la crise.
 
Conclusions du Groupe des Experts
Au cours de ce mandat précédent, le Groupe d’experts a présenté plusieurs communications confidentielles avec deux rapports publics au Comité du Conseil de sécurité des sanctions, un rapport intérimaire et un rapport final. Ce dernier a été rendu public le 21 Novembre 2012, alors que le Conseil de sécurité a publié le premier le 21 Juin suivi d’un addendum spécial le 27 Juin, qui mettait l’accent sur les violations Rwandaises de l’embargo sur les armes en conjonction avec la rébellion alors naissante du M23.
Nous avons constaté que depuis le début de la rébellion M23, le Gouvernement du Rwanda lui a fourni un soutien militaire direct, facilité le recrutement, encouragé les désertions de l’armée congolaise, et livré des armes, des munitions, des renseignements et des conseils politiques à l’égard des rebelles.
Nos enquêtes ont conclu que le Rwanda, en fait, a orchestré la création du M23 lorsqu’une série de mutineries menées par des officiers ayant appartenu au prédécesseur de ce mouvement c.à.d. les Congrès national pour la défense du peuple ou CNDP, ont été réprimées par les forces armées congolaises au début du mois de mai. Au niveau stratégique, le Rwanda a également dirigé la collecte de fonds et la composition des cadres politiques, même de nomination de la direction politique du mouvement et les instruisant directement de revendications à faire devant le gouvernement congolais. L’armée rwandaise a non seulement mis en place un réseau de recrutement élaboré au Rwanda afin d’assurer un approvisionnement régulier de nouvelles troupes au M23, y compris les enfants et même les recyclés des anciens rebelles hutus des FDLR, mais ils ont également intégré leurs propres officiers et des formateurs au sein de la chaîne de commandement du M23 sur le terrain dans le Nord-Kivu.
En outre, ils ont déployé des unités de l’armée rwandaise sur une base permanente aux côtés des positions du M23 faisant deux forces presque indifférenciables. Au cours des offensives majeures et opérations militaires, l’armée Rwandaise a déployé des milliers de soldats supplémentaires pour renforcer les M23 dans leurs attaques majeures, telles que la récente offensive sur Goma. Bien que les membres de la communauté internationale s’attendaient à ce que le Rwanda diminue son soutien eu égards aux pressions diplomatiques et financières, nous avons constaté qu’une telle implication directe n’avait fait qu’augmenter avec le temps.
C’est parce que, en substance, les rebelles sont devenus une extension des forces de défense rwandaises. La chaîne de commandement est de fait tenue par le ministre de la Défense du Rwanda, le général James Kabarebe. Dans une large mesure, la réalité de la relation entre la M23 et l’armée rwandaise va bien au-delà d’un soutien externe, étant donné que le M23 n’existe pas séparément du Rwanda en tant qu’entité autonome. Dans ses efforts pour dépeindre une révolution de grande envergure contre le gouvernement congolais, le soutien rwandais au M23 a été également étendu à de nombreux autres groupes armés congolais, y compris ceux qui ont été autrefois anti-rwandophones comme le Raia Mutomboki.
 
Pendant le cessez-le-feu courant du mois d’Août à Octobre, le groupe Raia-Mutomboki avait, sur ordres du colonel Sultani Makenga du M23, réalisé attaques brutales à motivation thnique, brûlant plus de 800 maisons et tuant des centaines de civils issus de la communauté Hutu Congolais dans le territoire de Masisi, dont les milices avaient refusé de s’allier au M23.
En plus de la communauté Hutu au Nord-Kivu, l’ethnie Tutsi Banyamulenge au Sud-Kivu, cette communauté a largement résisté aux efforts de recrutement du M23, en grande partie parce qu’elle comprend intimement le niveau de contrôle rwandais sur la rébellion du M23.
Néanmoins, le Gouvernement du Rwanda continue de nier toute implication, malgré son plaidoyer ouvert au nom de la rébellion. Le Rwanda a également affirmé à plusieurs reprises qu’il n’avait pas été consulté ou reçu un droit de réponse à nos enquêtes. Ce n’est pas vrai.

Malgré le refus du gouvernement du Rwanda à nous recevoir pour toutes les réunions de fond au cours de notre visite officielle à Kigali en mai, nous avons délibérément retardé la publication de l’addendum à notre rapport intérimaire afin de fournir au ministre Rwandaise des Affaires étrangères une occasion supplémentaire de commenter ou de fournir au Groupe des éclaircissements d’informations rassemblées.
 
Cependant, non seulement elle a refusé de le faire lors d’une réunion formelle expressément demandée par le Comité des sanctions, mais plus tard ce même jour, elle a commencé à prétendre que son gouvernement n’était pas au courant de nos conclusions. Suite à la publication de l’addendum, nous avons rencontré de nouveau le gouvernement du Rwanda à Kigali et avons pris en considération sa réponse écrite à notre rapport provisoire. Cependant, nous n’avons trouvé aucun élément substantiel de nos résultats antérieurs que nous souhaitions modifier.
 
Nous avons aussi complètement répondu à chacune des questions soulevées par le Gouvernement du Rwanda dans une communication officielle au Comité des sanctions, qui plus tard nous avons publié en annexe 3 de notre rapport final.
La plupart des éléments de la réfutation rwandaise n’étaient pas crédibles. Par exemple, alors qu’à Kigali, ils nous ont montré un tas de démolition des fusils AK-47 comme preuve qu’ils n’avaient pas fourni des canons de 75 mm aux rebelles. En outre, nous avons facilement observé des champs et des terrains plus que suffisants pour la formation sporadique à la base militaire de Kanombe, quelque chose qu’ils revendiquaient qu’elle aurait été impossible. Nous avons également confirmé la véracité des interceptions radio impliquant des officiers Rwandais par l’intermédiaire des radios commerciales utilisées par les rebelles et l’armée Rwandaise, qui, selon Kigali auraient été incompatibles. Lorsque les arguments de fond du Rwanda dans sa défense n’étaient pas convaincants, ils se sont tournés vers des attaques contre le Groupe d’experts, affirmant que le Groupe avait des préjugés contre le Rwanda. Ils ont même orchestré une campagne médiatique et diplomatique défendant que j’étais un sympathisant des rebelles Hutus rwandais des FDLR et un négationniste du génocide rwandais.
J’ai découvert plus tard que les autorités rwandaises avaient également concocté, dans le bureau de la présidence, de faux témoignages d’officiers des FDLR actuels promettant des récompenses pour les déclarations aux médias au sujet de mon implication présumée dans la fourniture d’armes à ces rebelles.
Néanmoins, le Gouvernement du Rwanda avait déjà reconnu l’objectivité des vastes enquêtes approfondies du Groupe sur les réseaux de soutien et de financement des FDLR dans ces dernières années. En tant que coordonnateur de cette année, j’ai personnellement supervisé la coopération du Groupe aux procès en cours contre le président et le vice-président des FDLR en Allemagne.
 
Le Rwanda a également affirmé que l’armée Congolaise soutient les FDLR. Toutefois, les rebelles Hutus rwandais, à un nombre historiquement réduit, sont devenus plus isolés d’un soutien extérieur et sont axés sur l’autoprotection face à des attaques menées par les forces armées de la DR Congo et les groupes armés alliés au M23.
Alors que certains réseaux criminels au sein des forces armées congolaises continuent à vendre de petites quantités de munitions aux rebelles, il y a, cependant, aucune preuve d’une coopération stratégique entre les FDLR et le gouvernement. Outre le soutien rwandais au M23, dans notre rapport final, nous avons également documenté minutieusement un soutien aux rebelles du M23 de réseaux importants et des individus au sein du gouvernement de l’Ouganda.
 
De hauts responsables ougandais ont appuyé les rebelles avec des renforts de troupes directs sur le territoire congolais, livraisons d’armes, l’assistance technique, la planification conjointe, conseil politique et de la facilitation des relations extérieures. Ils ont également soutenu la création et l’expansion de la branche politique du M23 basé en permanence à Kampala bien avant même que le président Kabila ait autorisé une interaction entre les rebelles et le gouvernement ougandais. Le gouvernement ougandais a reconnu officiellement lors d’une réunion avec le Groupe d’experts au début octobre que ce soutient a effectivement eu lieu. Un officier de police ougandaise désigné a déclaré que le Gouvernement prendrait des mesures pour enquêter et arrêter les personnes impliquées.
 
Le gouvernement de la RDC est pleinement conscient de ce soutien par des individus au sein du gouvernement de l’Ouganda, mais a choisi de ne pas dénoncer, espérant convaincre les Ougandais qu’ils ont plus à gagner en travaillant avec Kinshasa qu’avec Kigali dans la crise actuelle. A la lumière de la gravité de nos constatations concernant l’aide extérieure du gouvernement du Rwanda et les individus au sein des services de sécurité Ougandais, nous avons adopté des normes méthodologiques élevées pour ces enquêtes.
Depuis le début du mois d’avril 2012, le Groupe a interrogé plus de 100 déserteurs du M23, dont 57 se revendiquant de Rwandais. Au cours des visites sur le terrain, nous avons privilégié nos propres observations et de recherche dans les zones de conflit et le long des frontières. Par ailleurs, nous avons également analysé les armes du M23 et les équipements militaires trouvés dans des caches d’armes et sur le champ de bataille, l’imagerie satellite des voies d’approvisionnement entre le M23 et les positions de l’armée rwandaise, et les interceptions de communications radios.
 
Bien, nous avons consulté des dizaines de hauts commandants militaires congolais et les responsables de renseignement ainsi que des dirigeants politiques et communautaires ayant une connaissance approfondie des développements régionaux, le gouvernement de la RDC n’a jamais été le point de départ de l’un des notre collecte d’informations.
Durant les étapes initiales de la rébellion, des représentants du gouvernement congolais ont cherché même à entraver notre accès à des informations clés sur l’implication rwandaise, préférant traiter ces questions de façon discrète entre Kigali et elles-mêmes. En outre, nous avons communiqué régulièrement avec de nombreux participants actifs de la rébellion du M23 et d’autres groupes armés, ainsi que des responsables de la sécurité actuels et anciens et les autorités civiles de l’Ouganda et du Rwanda. Le Conseil de sécurité et le Comité des sanctions ont toujours soutenu le Groupe et nos conclusions sur le soutien externe au M23. Divers services de renseignement africains et occidentaux, ainsi que des enquêtes indépendantes de journalistes d’investigation et les organismes de recherche ont également confirmé les conclusions du Groupe concernant les violations de l’embargo sur les armes par le Rwanda.
 
Les Principales revendications du M23
 
Tout au long de notre travail, la question qu’on nous a posée le plus souvent était tout à fait naturelle et logique. Pourquoi le Rwanda entreprendrait une telle entreprise risquée et politiquement dangereuse?
Bien que, comme je l’ai dit au début, ce n’est pas le travail du Groupe d’experts d’établir les causes ou les vecteurs de conflit, dans l’esprit ambitieux de beaucoup de mes collègues rwandais, je vais humblement essayer d’analyser quelques-uns des motifs énoncés derrière cette guerre, en commençant par les exigences essentielles du M23. Dès les débuts de la rébellion, les rebelles ont présenté un assortiment de demandes et justifications de leur rébellion. Beaucoup sont caractérisées par différents degrés d’incohérence, d’improvisation et d’opportunisme.
 
Lorsque les journalistes internationaux ont interviewé Makenga, beaucoup ont observé qu’il avait peu de compréhension de certains des idéaux pour lesquels il était censé se battre. Une fois, j’ai assisté à un discours d’une heure par le porte-parole du M23 sur la façon dont c’était, en fait, les officiers de l’Ouest de la RD Congo au sein de l’armée Congolaise qui étaient l’objet de discrimination et non les Tutsis. Toutefois, bon nombre de ces demandes sont manifestement incompatibles avec la réalité des identités et de l’histoire passées des hauts dirigeants du M23.
 
Bien que tous les groupes armés construisent les demandes politiques basées sur l’analyse conjoncturelle de ce qui va leur apporter la plus grande sympathie populaire, la différence avec le M23 est que, premièrement, les contradictions sont tellement flagrantes et, deuxièmement, l’analyse et les prétextes postérieurs ont été en grande partie construits par le Gouvernement du Rwanda lui-même.
 
Pour la plupart, le Rwanda a cherché à saisir toute idée ou problème qui pourrait entrer en résonance avec la population congolaise et qui donnerait une certaine légitimité au M23. Comme par leur nom, d’abord et avant tout, les rebelles ont affirmé que le gouvernement est revenu sur les accords de paix du 23 mars 2009.
 
Toutefois, cet accord était simplement une arrière-pensée de formaliser un accord bilatéral entre Kinshasa et Kigali, qui était fondée sur la base de permettre à ce dernier c.à.d. Kigali, une immense influence sur les Kivus, en échange de l’arrestation du président du CNDP, Laurant Nkunda, et en forçant le reste des troupes CNDP à rejoindre l’armée nationale sous la direction de Bosco Ntaganda.
 
Pour beaucoup au sein du CNDP et le gouvernement rwandais, l’intégration du CNDP dans l’armée Congolaise n’était qu’une manoeuvre tactique, mais n’a jamais constitué une modification fondamentale des objectifs. Certains anciens officiers du CNDP ont répété que lorsque les Rwandais le avaient convaincus de se joindre à l’armée congolaise, ils leur avaient dit, «faire preuve de patience, nous arriverons à l’objectif [ultime], faites-nous confiance.»
 
L’accord à court terme, cependant, était immensément généreux au Rwanda, les officiers congolais du CNDP, Ntaganda en particulier et ses fidèles officiers, ont pris le contrôle sur une grande partie de l’armée dans l’Est du Congo.
 
Paradoxalement, les rebelles se sont également plaints de la corruption généralisée au sein de l’armée congolaise. Néanmoins, comme certains d’entre eux étaient des commandants les plus importants dans l’Est de la RDC, ils étaient quelques-uns des pires auteurs des vols des salaires, du racket et de la vente des biens de l’Etat à des fins privées.
 
Lorsque tous les efforts étaient faits par le bureau du Procureur militaire Congolais de rétablir l’ordre parmi ces officiers voyous, y compris Ntaganda et Makenga, les anciens officiers du CNDP ont attaqué les prisons et assassiné les opposants, en intimidant Kabila avec des menaces de reprendre la guerre.
 
La mutinerie initiale en Avril [2012] a été déclenchée, au moins superficiellement, par les officiers de l’ex-CNDP qui ont refusé de prendre part à des séminaires à Kinshasa sur la réforme de l’armée. Par ailleurs, les rebelles ont affirmé la discrimination contre les officiers Tutsis au sein de l’armée et le meurtre de ces anciens officiers du CNDP qui avaient été redéployés en dehors des Kivus.
 
Alors que certaines animosités historiques ne peuvent pas être niées, peu de preuves crédibles existent pour étayer ces affirmations. Au contraire, les anciens officiers du CNDP ont été redéployés vers d’autres provinces sans incidents majeurs et des dizaines d’officiers supérieurs Tutsis au sein de l’armée congolaise, dont deux commandants des régions militaires et plus des quatre cinquièmes des ex-CNDP, ont choisi de ne pas adhérer au M23. Le M23 a également fait de nombreuses revendications en rapport aux droits humains quand bien même si neuf de ses membres et associés ont été désignés pour les sanctions à la fois par le gouvernement Américain et le Comité des sanctions de l’ONU, pour la plupart des violations flagrantes du droit international.
 
Au cours de l’actuelle rébellion du M23, ces mêmes officiers ont recruté et formé des centaines d’enfants soldats, tuant souvent ceux qui tentaient de s’échapper.
 
Lorsqu’ils dominaient auparavant le commandement militaire dans l’Est de la RDC, les officiers M23 ont supervisé de nombreux réseaux mafieux qui exploitaient les ressources naturelles par le travail forcé tout en prenant part à l’expropriation violente répandue des terres. Par ailleurs, le M23 exige même la bonne gouvernance quand bien même ils ont attaqué et se sont appropriés de nombreux biens publics fournis par les bailleurs de fonds, y compris récemment, 33 véhicules faits en donation à la police Congolaise.
 
Les institutions gouvernementales dans le territoire contrôlé par les rebelles ont également été systématiquement pillées, y compris l’équipement de la Commission électorale pour l’inscription des électeurs. Le M23 prétend aussi qu’il se bat pour les 50.000 réfugiés Tutsis qui restent au Rwanda. Une
rébellion qui déplace plus de 500.000 peut à peine défendre les droits des 50.000 réfugiés. La contradiction flagrante avec les près de 500.000 personnes nouvellement déplacées à la suite de leurs offensives, cependant, a récemment conduit M23 à diminuer l’importance de cette demande.
 
En outre, en 2011, des anciens officiers du CNDP m’ont dit que c’était bien le Rwanda qui ne voulait pas que ces réfugiés rentrent chez eux afin de les utiliser comme «une carte à jouer dans les futures négociations avec Kinshasa.» Ces derniers mois, les M23 ont de plus en plus affirmé qu’ils veulent une révision des élections présidentielles discréditées et frauduleuses de 2011, dans une tentative d’attirer la sympathie d’une plus large circonscription et d’affaiblir davantage Kabila. Néanmoins, le parti CNDP a fait partie de l’alliance électorale du Président et de nombreux grands leaders du M23 ont orchestrée des fraudes massives en son nom.
 
Ironiquement, alors que le président Kabila était immensément populaire dans l’Est du Congo au cours des élections de 2006, c’est précisément son accord de paix avec le Rwanda et le CNDP, y compris tous les privilèges supplémentaires et un traitement spécial qu’ils ont reçus tout au sein de l’armée, qui a renforcé l’opposition à son gouvernement dans les Kivus.
Bien qu’il ait été avisé d’accepter de faire le sacrifice de sa popularité dans l’espoir d’une paix durable avec le Rwanda, [souvent] avec l’encouragement énorme et les éloges de membres de la communauté internationale, y compris la mission de paix de l’ONU, les contextes d’aujourd’hui révèlent que c’était une erreur stratégique cruciale. Enfin, le Rwanda et le M23 ont déclaré que les opérations militaires de l’armée congolaise contre les rebelles Hutus rwandais de FDLR ont échoué et que le groupe reste une menace.
 
Toutefois, non seulement le ministre rwandais de la Défense a récemment indiqué que les FDLR ne pourraient jamais menacer le Rwanda, mais les rebelles sont [en effet] actuellement à un nombre faible de tous les temps après que des milliers ont été démobilisés par l’ONU. Ce qui démontre que la rébellion [actuelle] n’a rien à avoir avec les rebelles Hutus, le M23 a même incorporé des groupes dissidents des FDLR et des soldats des FDLR recyclés dans ses rangs.
 
Alors qu’ils étaient encore dans l’armée [Congolaise], beaucoup d’officiers M23 ont toujours fait leur priorité, la recherche de contrôle des mines et du bois plutôt que des opérations de fond contre les rebelles Hutus. En outre, les opérations secrètes de l’armée rwandaise en utilisant des milices Congolaises qui sont devenues plus tard des mandataires du M23 ont éliminé physiquement des dizaines de commandants clés des rebelles [Hutus].
 
Combiné avec les opérations soutenues par l’ONU au Sud-Kivu, au début de 2011, les FDLR ont été largement battus et mis en déroute.
 
Objectivement, la menace sécuritaire la plus grande pour le Rwanda est représentée par des opposants politiques Tutsis qui ont rompu avec le Président Kagame ces dernières années.
 
Stratégie régionale du Rwanda et l'Ouganda
Maintenant, si ce n’est pas vraiment les revendications et demandes sur les accords du 23 mars 2009, ou une véritable bonne gouvernance, le développement, les droits humains, les FDLR, les réfugiés, etc., alors que veut réellement le Rwanda? Il me semble que ce n’est pas un prétexte ou une justification inventés après un coup qui a provoqué cette guerre, mais je soupçonne plutôt les objectifs stratégiques régionaux du Rwanda comme vecteur de son implication.
 
Malgré la paranoïa extrême sur la «balkanisation» qui a été si répandue depuis de nombreuses années parmi les Congolais traumatisés par plusieurs invasions étrangères, une seule des exigences des rebelles a un pouvoir explicatif et durable, et il s’agit du fédéralisme.
 
L’implication du Rwanda et son orchestration de la rébellion du M23 devient plus compréhensible lorsqu’elle est comprise comme un vecteur déterminé et calculé pour frayer la création d’un Etat fédéral autonome de l’est du Congo.
 
Il y a eu des spéculations quant à savoir si l’implication du Rwanda a été dictée par les intérêts de sécurité ou ses intérêts économiques ou des liens ethniques / culturelles, mais un État fédéral pour l’Est du Congo saurait incarner toutes ces questions.
 
Toutes les négociations [en cours] doivent éviter d’autres problèmes écrans et de se focaliser sur la lutte contre celui-ci qui est extrêmement difficile. Avant les élections de novembre 2011, l’un des officiers de renseignement les plus élevés au sein du gouvernement rwandais a discuté avec moi plusieurs scénarios possibles pour la sécession de l’Est du Congo.
 
Reflétant la pensée de beaucoup de ses collègues, il a affirmé que parce que le Congo était trop grand pour être gouverné par Kinshasa, le Rwanda devrait favoriser l’émergence d’un Etat fédéral pour l’Est du Congo. Il a dit, «Goma doit se rapporter à Kinshasa de la même manière que Juba était lié à Khartoum», avant l’indépendance du Sud-Soudan. Lors de nos rencontres officielles avec le gouvernement rwandais à Kigali en Juillet [2012], la délégation rwandaise a toujours affirmé que notre rapport était simplement une distraction et ralentirait le processus devant aboutir à la solution définitive aux problèmes infinis du Congo.
 
Lorsqu’ils sont poussés plus loin, plusieurs représentants ne cachent pas le fait que la seule solution qu’ils avaient en tête était en effet: le fédéralisme. Sans surprise, le Rwanda a ouvertement aidé et encouragé les sécessionnistes Congolais auto-déclarés tels que Jules Mutebutsi, Akim Muhoza et Xavier Ciribanya afin de placer la barre si haut pour positionner le fédéralisme finalement comme un compromis acceptable.
 
Le jour où le M23 a atteint Goma, les substituts des médias du gouvernement rwandais ont commencé à exiger le «droit à l’autodétermination». Au cours de plusieurs réunions internes pour la mobilisation pour le M23, des hauts fonctionnaires [Rwandais], y compris le secrétaire particulier adjoint du ministre de la Défense a ouvertement affirmé que l’établissement de cet état autonome était en fait l’objectif principal de la rébellion.
 
Plusieurs commandants M23 et leurs alliés l’ont également confirmé ouvertement au cours des interviews que j’ai menées dans le cadre du Groupe d’experts. De nombreux journalistes ont également confirmé que les commandants M23 de plus en plus mettent cet objectif en tête de leur ordre du jour.
 
Un porte-parole [de la rébellion] a déclaré récemment au New York Times,’’ Nous voulons plus de décentralisation, nous voulons le fédéralisme,’’ et ‘’les intérêts des régions orientales du Congo sont en Afrique de l’Est.» Même des hauts responsables de la sécurité ougandais ont également reconnu que c’était là le but des Rwandais dans cette guerre du M23.
 
Un officier [ougandais], qui était lui-même impliqué dans le soutien du M23 en coopération avec les Rwandais, nous a dit, «ils voient grand. . . Il vous suffit de voir le Sud-Soudan [comme exemple].»
 
L’objectif du fédéralisme contribue également à expliquer, en partie, l’implication des individus au sein du gouvernement Ougandais. Si le Rwanda atteigne son objectif, alors l’Ougandais devra veiller à ce que ses propres intérêts culturels, sécuritaires et économiques à l’Est de la RDC ne soient pas compromis. La vision fédéraliste profondément incrusté du Rwanda est né de la stratégie géopolitique régionale adoptée par les dirigeants de Kigali.
 
Un État fédéral autonome pour l’Est du Congo scellerait et garantirait l’influence déjà considérable du Rwanda sur les aspects militaires, politiques, économiques et culturels de la vie, semblables à ceux de la Syrie dans certaines parties du Sud-Liban.
 
Le Gouvernement du Rwanda, tout à son honneur, depuis les événements tragiques du génocide de 1994, a fait preuve d’ambition inégalée et sa détermination à reconstruire son pays et a réalisé des progrès remarquables dans le développement humain. Cependant, cette même ambition et détermination des dirigeants rwandais les ont conduits, à tort à adopter cette stratégie inhérente à long terme de déstabilisation géopolitique basée sur [une politique] de saper la reconstruction et la stabilisation de l’Est du Congo dans l’espoir que l’instabilité perpétuelle [de l’Est] engendrerait des réformes radicales de gouvernance. Cet objectif explique aussi pourquoi le Rwanda a toujours cherché à dépeindre tous les groupes armés dans l’Est de la RDC comme un seul front uni contre Kinshasa.
 
Bien que la construction de cette coalition est beaucoup plus difficile dans la pratique, dans nos rencontres avec eux, le ministre rwandais de la Défense et le chef d’Etat-major de l’armée ont à la fois justifié et défendu les intérêts de tous les groupes armés dans l’Est de la RDC, y compris le Raia Mutomboki, un groupe extrêmement brutal. En outre, les Rwandais ont entrepris tous les efforts possibles pour dépeindre le Congo comme un «trou noir grand» en jouant sur les représentations coloniales de Joseph Conrad, le coeur des ténèbres qualifiant l’Etat Congolais de «fictif». Les diplomates rwandais ont sans cesse affirmé que «le Congo a toujours été un gâchis, c’est une cause perdue «et insinué qu’un changement structurel radical serait nécessaire pour le sauver.
 
Calendrier de la rébellion rwandais du M23
 
La prochaine question alors est: pourquoi maintenant? Début 2012 était en effet un moment propice pour faire un effort définitif pour l’objectif stratégique du Rwanda pour plusieurs raisons. Tout d’abord, presque tout le monde, y compris les Rwandais, s’attendaient à ce qui allait être probablement la suite d’un Processus électoral 2011 discrédité c.à.d. un chaos généralisé et de protestation, non seulement à Kinshasa mais dans d’autres parties du Congo, présentant ainsi une fenêtre à l’émergence d’une insurrection l’Est contre Kinshasa.
 
Comme Kabila avait mis en place des liens étroits avec le Rwanda dans l’intérêt de la paix, il était devenu nettement moins populaire dans l’Est du Congo qui avait été auparavant sa base. Le défi pour le Rwanda serait de savoir comment canaliser cette animosité loin de Kigali et l’orienter vers Kinshasa, en jouant sur des décennies de leadership faible du gouvernement central vis-à-vis de l’Est du Congo.
 
En plus de cela, il y avait un sérieux rival politique sous la forme de Vital Kamerhe, le premier véritable chef d’opposition ayant pour base la partie Est. Kabila était maintenant face à deux fronts d’opposition, y compris l’ouest lingalophone qui lui est déjà très hostile. Même dans le bastion isolé de Kabila, un soutien populaire pré-électoral pour les mouvements sécessionnistes s’était accru dans la province du Katanga riche en minéraux, au sud du Kivu.
 
D’autre part, la plus grande stabilité dans l’Est du Congo, suite à un second mandat présidentiel, pourrait accélérer le développement de capacités de l’État et des institutions dans l’Est du Congo qui auraient progressivement diminué les chances d’une poussée spectaculaire de réforme de la gouvernance radicale.
 
En outre, les Rwandais se lassaient que les Congolais auraient adopté des mesures d’indépendance économique dans l’Est du Congo, par exemple, la mise en place d’une fonderie de minerais à Kisangani, qui infléchirait considérablement le commerce des minerais du Kivu loin du Rwanda.
 
« La Fatigue du Congo » au sein de la communauté des donateurs à payer une facture annuelle de la MONUSCO aurait été aussi un terrain fertile pour proposer des solutions plus radicales et définitives à l’Est du Congo.
 
Compte tenu de ce sentiment, au milieu de la crise, un diplomate occidental m’a demandé sincèrement, « l’est du Congo est-il, après tant d’années de violence, vraiment une entité viable? Peut-être nous devrions commencer à envisager des arrangements plus définitifs et durables pour cette partie ».
 
Ce sentiment de désespoir et de frustration pour le Congo atteint des niveaux tels que même récemment le New York Times a publié un éditorial plaidant pour laisser le pays s’effondrer.
 
Quatrièmement, avant le M23, il y avait de moins en moins de volonté à accepter les abus et l’impunité de Bosco Ntaganda ainsi qu’une plus grande pression pour limiter les chaînes de commandement parallèle de l’ex-CNDP.
 
Si Ntaganda avait été arrêté comme le demandaient les organisations des droits de l’homme, cela aurait considérablement réduit l’influence et la puissance militaire rwandaise à l’Est de la RDC.
 
En outre, au bout de quinze ans, la réceptivité pour les cycles sans fin d’intégration des anciens rebelles au sein de l’armée devenait moins importante, ce qui rendait plus indispensable la réalisation de l’objectif plus tôt qu’ultérieurement. En outre, de nombreux anciens officiers du CNDP auraient violemment résisté à tous les efforts du gouvernement congolais pour les redéployer en dehors des Kivus et mettre fin à leurs larges réseaux mafieux et de racket.
 
Cela a inévitablement concilié les divisions latentes entre les commandants Tutsis qui forment un front commun prêts à travailler avec le Rwanda afin de protéger leurs propres intérêts commerciaux, malgré les ouvertures antérieures de certains de ces officiers pour soutenir les dissidents rwandais comme le général Kayumba Nyamwasa. Enfin, le rôle du Rwanda dans le processus d’intégration des ex-CNDP leur a fourni une occasion en or pour se positionner comme artisans de la paix dans une telle crise par laquelle ils pourraient faire pression pour l’adoption d’une solution préconçue, telle que le fédéralisme.
 
Dès le début de cette crise, le Rwanda a demandé à grands cris des « négociations politiques sur la gouvernance », je soupçonne que ce soit pour ces mêmes raisons.
 
Conséquences pour les négociations [en cours]
 
Alors, qu’est-ce que cela signifie pour les négociations en cours?
 
Si les aspirations géopolitiques du Rwanda sont si ambitieuses, que pouvons-nous attendre de négociations, en particulier lorsque le Rwanda a fait preuve ces dernières semaines qu’il a la haute main sur le champ de bataille? Sans aborder le fédéralisme, tous les autres problèmes pourraient être résolus, mais la probabilité que la guerre va s’apaiser semble être très faible, si tel est bien l’objectif principal du Rwanda.
 
De nombreux observateurs répètent les appels pour s’attaquer aux causes profondes des cycles de violence dans l’Est du pays et pourtant, il est peu fait mention des objectifs stratégiques du Rwanda pour la RDC, en soi, comme constituant l’une des causes essentielles.
 
Pour sa part, Mr. Kabila se sent très confiant quant à la négociation sur l’accord du 23 Mars, mais les discussions vont inévitablement vaciller à moins que la question clé du fédéralisme soit mise au centre de l’ordre du jour des négociations. Le Rwanda a fait valoir que ses intérêts nationaux sont mieux servis par la stabilité régionale et le commerce transfrontalier avec l’Est de la RDC. Certes, ceci est le cas dans le long terme, mais si [seulement il atteint un état fédéral autonome dans l’Est du Congo, à court terme, malgré l’instabilité massive, à partir d’un point de vue stratégique, ce qui va plus que compenser la perte d’une certaine assistance des donateurs et la corde de sécurité que vivent les FDLR actuellement.
 
Cette conclusion soulève plusieurs questions.
 
1. Est-ce que le fédéralisme est vraiment négociable à Kampala, ou jamais?
2. Est-ce que les Etats-Unis et d’autres Etats de la Communauté internationale vont appuyer une solution fédérale pour l’Est du Congo tout en sachant parfaitement que ce n’était probablement que l’objectif principal du Rwanda en premier lieu. Le Rwanda va-t-il être récompensé pour sa persistance?
3. Comment la naissance d’un Etat fédéral motivée de l’étranger fleurant juste une sécession, va être considérée comme légitime au niveau international?
4. Des négociations objectives peuvent-elles avoir lieu sur cette question lors des pourparlers en cours sont encadrés par le Rwanda et l’Ouganda?
5. Les exemples du Sud-Soudan et du Nord-Mali peuvent-ils impacter sur les discussions en cours?
 
Les diplomates affirment souvent que le Rwanda peut et doit faire partie d’une solution. Les Rwandais aussi se plaignent sans cesse d’être pointés du doigt et défendent qu’ils font partie de la solution à la crise actuelle et non du problème. Mais quelle solution? devrait cependant être la question. La «solution» à cette crise semble avoir été identifiée depuis que les premiers coups [des balles] ont été tirés. Les Rwandais savaient ce qu’ils allaient proposer comme solution et ont donc ont eu besoin d’orchestrer une crise qui serait assez couteuse pour justifier une telle solution.
 
 
Lorsque l’Etat Congolais et ses forces de sécurité avaient réellement une haute main et ont défait la première mutinerie des ex-CNDP, les Rwandais ont dû intervenir ouvertement et conduire le plus directement la crise, défiant la pression internationale lorsque leur implication est devenue très évidente.
 
Reculant de la dynamique actuelle, le fédéralisme en soi n’est ni une bonne ou mauvaise proposition, mais lorsqu’il est entraîné par un Etat voisin qui en bénéficierait énormément, le fédéralisme peut être problématique pour dire le moins.
 
Le fédéralisme doit être le fruit d’un débat politique démocratique en RDC et exclusivement parmi les Congolais et non par des négociations politiques orchestrée et animée par le Rwanda et certains de ses alliés au sein du gouvernement ougandais. La communauté internationale semble prête à oublier l’implication du Rwanda et les dossiers d’horribles violations de droits humains de certains commandants M23, afin de contribuer à l’avènement d’une solution hâtive pour «éteindre l’incendie» et faire cesser immédiatement l’immense coût humanitaire de cette guerre. D’autant plus maintenant que le Rwanda a montré qu’il va toujours déployer ses troupes au-delà de sa frontière afin de s’assurer que le M23 prévaudra toujours sur le champ de bataille.
 
Militairement, l’armée congolaise s’est avérée plus que capable de vaincre la mutinerie initiale, mais depuis que le Rwanda a créé le M23 et n’a cessé de déployer son armée aux côtés des restes des mutins, une solution militaire n’est susceptible de l’emporter. Par ailleurs, la MONUSCO a montré qu’elle n’est pas disposée à déployer des troupes pour
combattre les armées étrangères. Maintenant que le M23 s’est récemment repositionné juste au nord de Goma afin d’exercer une influence sur les négociations, il est peu probable que le Rwanda acceptera une de solution «demi-mesure pour sauver sa face» comme en 2009. Le Rwanda est déterminé à gagner [cette guerre].
 
Les Rwandais savent que c’est peut-être leur dernière chance. En tant que tel, le Rwanda est susceptible de continuer la guerre jusqu’à ce qu’il ait obtenu ce qu’il cherchait à atteindre. Les coûts sont déjà trop élevés pour que le Rwanda se contente de moins que rien maintenant.
 
CONCLUSION: A ce stade actuel, la question clé devrait être, quelle solution le Rwanda jugerait à même de remplir suffisamment son objectif stratégique qui pourrait laisser la fenêtre ouverte pour inverser progressivement sa progression vers ces objectifs à travers le renforcement de l’indépendance de l’Etat Congolais dans sa partie Est.
 
Plus d’intégration économique régionale pourrait-elle satisfaire le Rwanda à court terme?
 
L’intégration régionale est objectivement très positive, mais elle doit être fondée sur un pied d’égalité avec les États [voisins] et le respect mutuel. L’histoire récente prouve que permettre une intégration économique sans d’abord l’édification de l’Etat Congolais, dont les fonctionnaires sont les premiers responsables, le Rwanda ne s’empêchera pas de poursuivre son objectif stratégique.
 
Le «détente» de 2009 entre la RDC et le Rwanda a été saluée au niveau international, car il a ouvertement reconnu et accepté la réalité de l’influence rwandaise au Kivu.
 
La logique était que si le Rwanda était permis d’établir des projets économiques transfrontaliers au-dessus de la table, alors il n’y aurait plus besoin d’aller sous la table. Cependant, les stratèges rwandais ont probablement vu ces initiatives comme des tremplins vers la réalisation de leurs objectifs ultimes et non comme une fin en soi. Par conséquent, si le fédéralisme est en effet le principal problème en jeu, alors il existe un besoin évident d’un processus qui examine la décentralisation comme une alternative. La décentralisation est prévue dans le cadre de la Constitution Congolaise, y compris l’expansion du nombre total des provinces.
 
Potentiellement, un accord négocié qui va accélérer le processus de décentralisation et le faire apparaître comme si elle aboutirait à un véritable fédéralisme pourrait constituer un compromis raisonnable. C’est dont il s’agit si nous sommes prêts à accepter qu’il n’y a pas de véritable option militaire qui puisse dissuader définitivement la détermination du Rwanda à atteindre ses objectifs.
 
Cependant, un processus par lequel l’Etat congolais n’est pas affermi d’abord et ensuite déconcentré dans les différentes provinces, des institutions autonomes pourraient donner des résultats désastreux.
 
En tant que tel, le principal défi, dans un tel compromis serait l’accompagnement des bailleurs de fonds d’un tel processus de décentralisation afin d’isoler d’abord la faiblesse des institutions locales de toute influence externe ou cooptation.
 
De plus, tout processus de décentralisation en RDC doit également donner la priorité au renforcement de la présence du gouvernement central dans tout le pays. La grande majorité des Congolais dans l’Est s’identifient fortement au Congo comme une nation. Beaucoup ne veulent pas que leur propre gouvernance soit externalisée vers les pays voisins. Ils veulent que Kinshasa gouverne l’Est du Congo proactivement, équitablement, efficacement, et de manière équilibrée et respectueuse.
 
Un autre aspect clé de la dissuasion contre la cooptation rwandaise d’un processus de décentralisation congolaise, cherchant à le transformer en fédéralisme, serait d’appuyer activement des projets d’infrastructure et industriels à grande échelle qui permettraient d’améliorer, dans le court terme, l’indépendance économique de la RDC vis-à-vis de ses voisins.
 
Un exemple de ce type de projets serait le remodelage de l’aéroport de Goma aux normes internationales, permettant la libre circulation des biens et des personnes issues de l’Est du Congo directement à des pôles commerciaux mondiaux. Avec le temps, le Rwanda pourrait faire face à un point de basculement où ses incitations économiques commenceraient à privilégier le traitement de la RDC sur un pied d’égalité comme c’est le cas avec d’autres pays voisins comme le Kenya ou la Tanzanie.
 
Bien que cela ne résoudra pas les questions culturelles et sécuritaires du Rwanda dans l’Est de la RDC, aborder la sphère économique aura un impact important dans le remodelage de la stratégie géopolitique du Rwanda dans la région des Grands Lacs.
 
En bref, le meilleur scénario pour la sombre situation actuelle est que la RDC se saisisse des négociations en cours pour aborder de front le désir du Rwanda pour un Etat fédéral dans l’est du Congo en convainquant Kigali qu’il peut atteindre cet objectif à travers les lois préexistantes dans la constitution congolaise sur la décentralisation. Ensuite, la communauté internationale doit soutenir vigoureusement les institutions centrales et provinciales de la RDC et l’infrastructure économique afin de diminuer lentement le contrôle et ingérence externes.
Les élections locales, qui avaient été programmées pour cette année, pourraient fournir le cadre pour de telles discussions.
Je vous remercie de l’occasion pour avoir partagé [avec moi] les conclusions du Groupe des Experts et mes points de vue sur le rôle du Rwanda dans la crise [dans l’Est de la RD Congo